Plus qu’une divinité des eaux, Noun incarne cette étendue primordial, immobile et sans limite d’ou est sorti le monde. Noun est au centre de tous les récits de la Création: c’est le père des dieux.

Le dieu Noun semble sortir des eaux primordiales. Il élève de ses deux bras la barque solaire dans la dernière séquence du Livre des Portes.
Le dieu Noun semble sortir des eaux primordiales. Il élève de ses deux bras la barque solaire dans la dernière séquence du Livre des Portes.

Dans la cosmologie d’Hermopolis, Noun est l’une des quatre grenouille mâles qui peuplent le Chaos originel: il représente l’océan primordial, Hou l’espace infini, Kouk l’obscurité, et Amon ce qui est caché. Quatre serpents femelles leurs sont appariés: Naounet, épouse de Noun, Haouhet, épouse de Hou, Kaouket, épouse de Kouk, et Amaounet, épouse d’Amon. Cette ogdoade fait émerger de Noun un monticule de terre sur lequel elle pose l’oeuf qu’elle a façonné, et d’ou va sortir le Soleil.

Dans une autre version, c’est le lotus primordial porteur de l’enfant solaire qui émerge de Noun. Dans la cosmologie de Memphis, les huits dieux primordiaux d’Hemopolis deviennent les parties constituante de Ptah, qui est assimilié à Noun. Une fois reconstitué Ptah, engendre Atoum, le démiurge, afin qu’il exécute sa volonté; tous les deux façonnent ensuite la Création pour un tour de potier. Comme on le voit, tous ces mythes montrent en Noun un principe inorganisé, un chaos dont va se dégager un principe organisateur. Atoum ou Rê: quand apparaissent les dieux, Noun se cache.

Une fois le monde créé, Noun est repoussé aux frontière de la Création. Cependant, il ne disparaît pas et à tout moment il peut venir pertuber le monde. Noun abrite des êtres inquiètants, comme le serpent Apopis qui attaque à chaque matin la barbe de Rê et qui est, à chaque fois battu. Ce reptile représente le désir de Noun de reprendre l’espace qui lui a été ravi par l’acte créateur.

Espace inhospitalier, dangereux, agité par une multitude de forces malfaisantes qui menacent de pertuber le monde organisé, Noun évoque ces régions inquiétantes qui bordent toutes les géographies mythiques: espaces de la mort et de la vie, espaces confus ou la parole et l’ordre organisé des dieux n’existent plus.

C’est dans le Noun que viennent échouer les âmes errantes qui n’ont pas pu rejoindre le royaume d’Osiris. Il évoque le nefas des Latins, le lieu amorphe ou informe ou les choses perdent leur forme, ou les limbes des chrétiens, ou finissent les enfants des morts avant d’avoir été baptisés. Pourtant Noun reste également un principe de vie dans lequel le Soleil doit se plonger chaque soir pour renaître victorieux à l’aube. Noun n’apparaît donc pas seulement comme une présence menaçante: c’est de lui que le Nil, et c’est sur lui que sont fondés les temples, dont les hypogées, comme les couloirs des appartements funéraires, le rejoignent.

Dans un temps très éloigné, lorsque les hommes auront accompli leur destin sur la Terre, la Création sera détruite: les dieux et les hommes disparaîtront. Ce qui a été créé peut être détruit, et le sera; restera le ” non-créé “, c’est-à-dire Noun et le démiurge, appelés à se fusionner à nouveau. Dans l’imaginaire égyptien, marqué par le motif du cycle (saisons, crues du Nil, réincarnations), cette fin des temps n’est toutefois que la prélude à une nouvelle création. Comme les dieux, les hommes réapparaîtront donc.

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