Centeotl
Dieu du maïs
Origines
Le nom de Centeotl, que l’on écrit aussi Cinteotl, se compose de centli, l’épi de maïs séché, et de teotl, « divinité ». Il est le maïs lui-même, plante dont dépendait toute l’alimentation du Mexique ancien. Les Aztèques honoraient le maïs sous plusieurs figures : Xilonen, déesse de l’épi tendre, Chicomecoatl, déesse des subsistances, et Centeotl, que les textes présentent le plus souvent comme un jeune dieu.
Sa généalogie varie selon les sources, toutes postérieures à la Conquête. L’Histoyre du Mechique, texte conservé dans une traduction française du XVIe siècle due à André Thevet, le fait naître de Piltzintecuhtli et de Xochiquetzal. Les chants recueillis par Sahagún le disent né à Tamoanchan, le lieu d’origine mythique. Dans les rites, sa mère est une déesse de la terre, Toci ou Tlazolteotl.
Attributs et symboles
Dans les codex, Centeotl est un homme jeune au corps et au visage jaunes, couleur du maïs mûr. Une ligne noire brisée descend souvent le long de sa joue, et il porte des épis dans sa coiffure ou sur le dos. Le Codex Borgia le place parmi les neuf Seigneurs de la nuit, série de divinités qui se succèdent dans le compte divinatoire, où il occupe le quatrième rang. Il patronne aussi, dans plusieurs manuscrits, l’un des jours du calendrier de 260 jours.
Miller et Taube notent que le dieu du maïs du Mexique central reprend une figure très ancienne en Mésoamérique, déjà présente chez les Olmèques et chez les Mayas de l’époque classique.
Mythes principaux
Le récit le plus net est celui de l’Histoyre du Mechique. Les dieux descendent dans une caverne où Piltzintecuhtli est couché avec Xochiquetzal ; de leur union naît Centeotl. L’enfant s’enfonce sous la terre, et de son corps sortent les plantes utiles : de ses cheveux le coton, de ses doigts la patate douce, de ses ongles une variété de maïs, et du reste de son corps d’autres graines et d’autres fruits. Le texte ajoute que ce dieu était, pour cette raison, aimé plus que tous les autres. Le mythe appartient à un type répandu, où les plantes cultivées naissent du corps d’un être divin mis en terre.
Un chant du recueil de Sahagún évoque de son côté la naissance du dieu à Tamoanchan, au milieu des fleurs. Michel Graulich a relié ces fragments en un ensemble : la faute d’une déesse à Tamoanchan, la naissance du maïs, puis sa mise en scène annuelle dans les fêtes. Cette synthèse est une interprétation, que les sources ne présentent pas d’un seul tenant.
Culte et postérité
Deux fêtes de l’année de 365 jours concernaient Centeotl. Lors de Huey Tozoztli, au printemps, on l’honorait avec Chicomecoatl. Selon Sahagún, on ornait les maisons de roseaux marqués de sang, tiré des oreilles ou des jambes, et l’on allait chercher dans les champs de jeunes tiges de maïs. Des jeunes filles portaient ensuite au temple de Chicomecoatl les épis réservés pour la semence, afin qu’ils y soient consacrés.
Lors d’Ochpaniztli, à la fin de l’été, une femme incarnant la déesse Toci était mise à mort et écorchée. Un prêtre revêtait sa peau, et un morceau prélevé sur la cuisse servait de masque à celui qui représentait Centeotl, fils de la déesse. Ce personnage porte dans les textes le nom d’Itztlacoliuhqui, dieu du gel. Les chercheurs comprennent cette séquence comme la naissance du maïs, mis au monde par la terre au moment des récoltes.
Le culte public a disparu avec la christianisation. Dans les campagnes mexicaines, le maïs est resté entouré de respect et de rites, que les ethnologues ont décrits dans plusieurs communautés de langue nahuatl ; ils se gardent d’y voir la simple continuation de la religion de Tenochtitlan.