Ces dieux

Coatlicue

Déesse de la terre, mère de Huitzilopochtli

Origines

Coatlicue, « celle à la jupe de serpents », appartient au groupe des déesses de la terre du Mexique central, avec Cihuacoatl, Toci, « notre grand-mère », et Tlaltecuhtli, le monstre terrestre. Ces figures se recouvrent en partie, et la même puissance maternelle, nourricière et dévorante, s’y présente sous des noms différents. Coatlicue est connue avant tout par un rôle précis : elle est la mère de Huitzilopochtli, le dieu des Mexica, et par là une sorte d’aïeule de leur nation.

La ville de Coatepec, la « montagne du serpent », où se déroule son mythe, est située par les chroniques sur la route de la migration mexica, près de Tula. Durán rapporte qu’au XVe siècle, le souverain Moctezuma Ier envoya des messagers à la recherche du pays d’origine, et qu’ils y trouvèrent Coatlicue encore vivante, vieillie de chagrin, attendant le retour de son fils.

Attributs et symboles

Son image la plus célèbre est la statue de basalte de plus de deux mètres et demi de haut découverte en 1790, lors de travaux sur la grande place de Mexico, quelques mois avant la Pierre du Soleil. La déesse y est décapitée ; deux serpents jaillissent de son cou et s’affrontent, formant un visage. Elle porte une jupe de serpents entrelacés, un collier de mains et de cœurs humains fermé par un crâne, et ses pieds sont des griffes. Sous la base, invisible, est sculpté Tlaltecuhtli, la terre. Jugée effrayante, la statue fut réenterrée dans la cour de l’université avant d’être définitivement exposée au XIXe siècle. Elle est aujourd’hui au Musée national d’anthropologie de Mexico. Justino Fernández en a fait, en 1954, une analyse esthétique qui reste une référence.

Les serpents, les mains et les cœurs disent la terre qui reçoit les morts et les sacrifiés et qui, de leur substance, fait pousser les plantes. Le sang qui jaillit en serpents figure la fécondité issue du sacrifice.

Mythes principaux

Le mythe de Coatlicue est celui de la naissance de Huitzilopochtli, tel que le rapporte Sahagún au livre III. Elle faisait pénitence en balayant sur le mont Coatepec quand une boule de plumes fines descendit sur elle. Elle la mit dans son sein ; quand elle voulut la reprendre, elle avait disparu, et la déesse se sut enceinte. Sa fille Coyolxauhqui et ses quatre cents fils, les Centzon Huitznahua, y virent un déshonneur et résolurent de la tuer. Coatlicue eut peur, mais l’enfant, du fond de son ventre, la rassura. Quand les assaillants atteignirent le sommet, Huitzilopochtli naquit armé, tua Coyolxauhqui et dispersa ses frères.

Dans ce récit, Coatlicue est la terre d’où naît le soleil ; sa fille et ses fils sont lus par les commentateurs comme la lune et les étoiles que le lever du jour disperse. La grossesse sans père rapproche ce mythe d’autres naissances miraculeuses de la Mésoamérique.

Culte et postérité

On connaît mal un culte propre à Coatlicue. Sahagún ne lui consacre pas de chapitre parmi les déesses, à la différence de Cihuacoatl ou de Toci, et sa fête se confond sans doute avec celles des mères terrestres. Ce sont surtout la statue de 1790 et le mythe de Coatepec qui l’ont rendue célèbre.

Cette statue a joué un rôle important dans l’histoire du regard porté sur l’art ancien du Mexique : monstrueuse pour les premiers savants qui la décrivirent, elle est devenue, au XXe siècle, l’un des emblèmes de l’esthétique préhispanique et de l’identité nationale mexicaine. Des artistes et des écrivains y ont vu l’image même de la mère terrible, à la fois source de vie et de mort.

Pour aller plus loin

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Sources

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