Mictecacihuatl
Dame du monde des morts, épouse de Mictlantecuhtli
Origines
Mictecacihuatl, « dame des gens du Mictlan », est l’épouse de Mictlantecuhtli, avec qui elle gouverne le monde des morts. On la nomme aussi Mictlancihuatl, « femme du Mictlan ». Le Mictlan s’étend sous la terre et vers le nord ; y vont ceux qui sont morts de mort ordinaire, sans que cela soit une punition.
La déesse est très peu décrite pour elle-même. L’Historia de los mexicanos por sus pinturas, texte anonyme rédigé dans les années 1530 d’après des manuscrits peints, dit que les dieux créateurs firent Mictlantecuhtli et Mictecacihuatl, mari et femme, et les placèrent dans le monde d’en bas. Ce couple répond, sous la terre, au couple primordial qui siège au plus haut du ciel : la pensée du Mexique central aime ces paires d’un principe masculin et d’un principe féminin. Tout ce que l’on sait d’elle vient de tels textes, écrits après la Conquête, et de quelques manuscrits peints.
Attributs et symboles
Les images de Mictecacihuatl reprennent celles de son époux. Dans le Codex Borgia, manuscrit préhispanique, le couple des seigneurs de la mort apparaît avec un crâne pour tête, la mâchoire décharnée, des parures de papier plissé et une chevelure sombre semée d’yeux, qui figurent les étoiles de la nuit. La déesse se distingue par la jupe et, parfois, par une poitrine pendante.
Aucune statue monumentale ne peut lui être attribuée avec certitude. Les figures féminines à tête de mort retrouvées dans le Mexique central relèvent souvent d’autres puissances, comme les Cihuateteo, femmes mortes en couches, ou les déesses de la terre.
Mythes principaux
Mictecacihuatl n’a pas de mythe propre. Dans la Légende des Soleils, lorsque Quetzalcoatl descend chercher les os dont naîtra l’humanité, c’est devant Mictlantecuhtli et Mictlancihuatl qu’il se présente, et c’est au seigneur des morts que revient la parole.
Sahagún la nomme dans l’appendice du livre III, consacré au sort des défunts. Le discours adressé au mort lui rappelle qu’il s’en va chez Mictlantecuhtli et Mictecacihuatl, dans un lieu sans lumière ni fenêtre d’où l’on ne revient pas. Au terme de quatre années d’épreuves, le défunt se présente devant les maîtres du Mictlan et leur remet les offrandes brûlées avec lui : papiers, torches, cannes à parfum, étoffes.
Culte et postérité
Aucun rite adressé spécialement à Mictecacihuatl n’est décrit par les sources. Les familles faisaient des offrandes à leurs morts quatre-vingts jours après les funérailles, puis chaque année pendant quatre ans.
On lit très souvent que la déesse présidait à deux fêtes de l’année, Miccailhuitontli, la « petite fête des morts », et Huey Miccailhuitl, la « grande fête des morts », et que le Jour des morts actuel en serait l’héritier. Les faits sont plus minces. Durán décrit bien ces deux fêtes, célébrées en été, la première pour les enfants morts ; il remarque aussi que les Indiens de son temps faisaient des offrandes à la Toussaint et le jour des défunts, et soupçonne qu’ils y prolongeaient l’ancien usage. Mais les chroniqueurs ne désignent pas Mictecacihuatl comme patronne de ces fêtes. Claudio Lomnitz, qui a retracé l’histoire de la mort au Mexique, montre que le Jour des morts s’est formé à l’époque coloniale, à partir du calendrier catholique, et que sa part préhispanique reste difficile à mesurer.
La même prudence vaut pour la Santa Muerte, sainte populaire figurée en squelette, dont la dévotion s’est largement répandue au Mexique depuis le début du XXIe siècle. Beaucoup de ses fidèles la disent descendante de la déesse aztèque. R. Andrew Chesnut, qui a étudié ce culte, relève que son image vient d’abord de la Mort à la faux de l’Europe médiévale, et que les premières mentions connues datent de l’époque coloniale ; la filiation avec Mictecacihuatl est affirmée, mais elle n’est pas démontrée.