Ces dieux

Tlaloc

Dieu de la pluie, de la foudre et des champs

Origines

Tlaloc est l’un des dieux les plus anciens et les plus répandus de la Mésoamérique. Son visage aux yeux cerclés d’anneaux et à la lèvre garnie de crocs est déjà reconnaissable sur les peintures murales et les vases de Teotihuacan, un millénaire avant Tenochtitlan, et il a des équivalents chez les Mayas, sous le nom de Chaac, et chez les Zapotèques. L’étymologie de son nom est discutée ; on y reconnaît en général tlalli, « la terre ».

Chez les Nahuas, Tlaloc préside à la pluie, à la foudre et à la grêle, aux nuages qui s’accrochent aux montagnes, et par là à la croissance du maïs. Il est le maître des tlaloque, petits dieux des monts qui versent la pluie de leurs jarres et produisent le tonnerre en les brisant. Sa compagne est Chalchiuhtlicue, déesse des eaux courantes.

Attributs et symboles

Les codex le peignent le corps bleu ou noir, les yeux entourés d’anneaux, les dents longues, coiffé d’une couronne de papier plissé et parfois d’une touffe de plumes de héron. Il tient un serpent ondulé qui figure l’éclair, ou une jarre d’eau. Ses couleurs et sa parure de papier sont partagées par les tlaloque et par Chalchiuhtlicue.

Sahagún décrit au livre III le paradis de Tlaloc, Tlalocan, terre d’abondance perpétuelle, verte et fleurie. Y vont ceux que le dieu a choisis par le mode de leur mort : noyés, foudroyés, morts d’hydropisie, de goutte ou de lèpre. On ne les incinérait pas, contrairement aux autres morts ; on les enterrait, le front orné de papier et une tige de bois sec dans la main, qui reverdirait dans l’au-delà.

Mythes principaux

Tlaloc a peu de récits en propre, mais il occupe une place fixe dans le cycle des Soleils : il régna sur le troisième âge du monde, le Soleil de pluie, détruit par une pluie de feu dont les habitants furent changés en oiseaux ou en dindons. Certaines versions racontent aussi que Tezcatlipoca lui enleva son épouse Xochiquetzal, et que la sécheresse suivit.

Plus que dans les mythes, sa présence se lit dans le calendrier. Près du tiers des fêtes des dix-huit mois lui étaient consacrées, à lui et aux tlaloque : Atlcahualo au premier mois, Tozoztontli, Etzalcualiztli, Tepeilhuitl, Atemoztli. La montagne est son temple naturel, et le mont Tlaloc, qui domine la vallée de Mexico à plus de quatre mille mètres, portait un sanctuaire que Durán décrit et où les souverains de Tenochtitlan, de Texcoco et de leurs alliés montaient en procession pour demander la pluie.

Culte et postérité

À Tenochtitlan, son sanctuaire occupait la moitié nord du sommet du Templo Mayor, à côté de celui de Huitzilopochtli : la pluie et la guerre, l’agriculture et le tribut, les deux piliers de l’économie mexica. Les offrandes découvertes dans la pyramide depuis 1978 sont dominées par les objets marins et aquatiques déposés de son côté. Son culte comprenait aussi, d’après Sahagún et Durán, le sacrifice d’enfants au début de l’année, sur les montagnes et au lac ; les larmes des victimes étaient tenues pour un présage de pluie. C’est l’un des traits de la religion mexica les plus troublants pour ses observateurs, anciens et modernes.

Philip Arnold a montré que Tlalocan, dans les sources, désigne moins un lieu abstrait qu’un rapport à la terre nourricière, et que la conquête a d’abord été une prise de possession de ce paysage. Les ethnologues signalent, dans plusieurs régions de langue nahua, des rites de demande de pluie adressés aux montagnes et aux sources ; ils discutent la part de continuité que ces pratiques entretiennent avec le culte ancien, sans toujours en trancher.

Pour aller plus loin

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Sources

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