Tlazolteotl
Déesse de la souillure, du désir et de la confession
Origines
Le nom de Tlazolteotl se compose de tlazolli, « ordure, immondice », et de teotl, « divinité ». Le mot tlazolli désigne les balayures et les déchets, et, par image, les fautes, surtout sexuelles. La déesse est à la fois celle qui pousse au désir et à l’adultère et celle qui en délivre.
Sahagún lui donne deux autres noms. Tlaelcuani, « mangeuse d’ordures », rappelle qu’elle absorbe les souillures qu’on lui avoue. Ixcuina la présente comme un groupe de quatre sœurs, de l’aînée à la cadette. Ce second nom n’est pas nahuatl : les chercheurs le rattachent à la langue des Huastèques, peuple de la côte du golfe du Mexique, d’où le culte de la déesse serait venu. Elle appartient à l’ensemble des déesses de la terre et de la fécondité, avec Toci, « notre grand-mère », dont elle est très proche.
L’essentiel de ces informations provient du livre I de Sahagún, rédigé après la Conquête, et des manuscrits peints.
Attributs et symboles
Dans les codex, Tlazolteotl se reconnaît à son bandeau de coton non filé, où sont plantés des fuseaux, à sa bouche et à son menton noircis au caoutchouc, et à un ornement de nez en forme de croissant, parure d’origine huastèque. Elle tient souvent un balai, instrument de la purification. Thelma Sullivan a montré, dans une étude parue en 1982, que le filage et le tissage, travaux féminins par excellence, sont aussi chez elle des images de la sexualité et de l’enfantement.
Le Codex Borbonicus, peint à Mexico vers l’époque de la Conquête, la montre à sa treizième planche en train d’accoucher, vêtue d’une peau humaine. Dans le calendrier divinatoire, elle patronne le jour Ocelotl, « jaguar ». Une statuette de pierre représentant une femme en couches, conservée à Dumbarton Oaks, à Washington, lui est souvent attribuée ; son authenticité préhispanique a été mise en doute.
Mythes principaux
On ne conserve pas de récit suivi dont Tlazolteotl soit l’héroïne. Sa figure se dessine à travers les rites et les images. Dans les mythes du maïs, elle tient la place de la mère : lors de la fête d’Ochpaniztli, c’est une déesse de la terre, Toci ou Tlazolteotl selon les sources, qui met au monde Centeotl, le jeune dieu du maïs. La scène d’accouchement du Codex Borbonicus est généralement comprise dans ce sens.
Michel Graulich et d’autres chercheurs ont rapproché cette figure de la faute commise par une déesse à Tamoanchan, le lieu d’origine mythique, faute qui entraîne l’exil des dieux sur la terre et la naissance du maïs. Il s’agit d’une reconstruction savante, appuyée sur des textes dispersés.
Culte et postérité
Le rite le mieux connu est la confession que décrit Sahagún. Celui qui voulait se délivrer de ses fautes s’adressait à un devin, qui choisissait dans le calendrier un jour favorable. Le pénitent venait alors s’asseoir sur une natte neuve, devant le feu, jurait de dire la vérité en touchant la terre, puis énumérait ses fautes dans l’ordre où il les avait commises. Le devin, qui parlait au nom de la déesse, prescrivait une pénitence : jeûnes, perforation de la langue avec des tiges, ou marche nocturne, vêtu de papier, jusqu’aux oratoires des déesses des carrefours.
Cette confession ne se faisait qu’une fois dans la vie, et on la remettait le plus souvent à la vieillesse. Sahagún précise qu’elle effaçait aussi la peine prévue par la justice, par exemple pour l’adultère ; le devin était tenu au secret. Le franciscain y voyait une ressemblance troublante avec le sacrement chrétien, et son récit doit être lu en tenant compte de ce regard.
La fête d’Ochpaniztli, le « balayage », honorait les déesses de la terre. Une femme incarnant Toci y était mise à mort et écorchée, et un prêtre revêtait sa peau.