Xochipilli
Dieu des fleurs, des jeux, du chant et de la danse
Origines
Xochipilli, dont le nom signifie « prince des fleurs » ou « noble enfant des fleurs », est le dieu des fleurs, du chant, de la danse et des réjouissances. Il forme avec Xochiquetzal, déesse de l’amour et des arts féminins, une paire que les sources présentent tantôt comme frère et sœur, tantôt comme époux. Il se confond largement avec Macuilxochitl, « Cinq Fleur », nom tiré du calendrier divinatoire, qui préside aux jeux ; Sahagún traite les deux noms comme ceux d’un même dieu. Il est proche aussi de Centeotl, le dieu du maïs, et de Piltzintecuhtli, jeune dieu solaire.
Ces recouvrements sont habituels dans la religion du Mexique central, où une même puissance divine reçoit plusieurs noms. Ils sont connus par des textes et des images postérieurs à la Conquête, ainsi que par quelques manuscrits préhispaniques comme le Codex Borgia.
Attributs et symboles
Sahagún décrit le dieu comme un homme au corps teint de rouge, paré de plumes, tenant un bâton surmonté d’un cœur. Dans les codex, il porte souvent autour de la bouche un motif clair, parfois en forme de papillon ou de main. Dans le calendrier divinatoire, il patronne le jour Ozomatli, « singe », animal lié aux arts et au plaisir. Sous le nom de Macuilxochitl, il est le maître du patolli, jeu de hasard pratiqué avec des haricots marqués sur une natte en forme de croix, et il est associé au jeu de balle.
Son image la plus connue est une statue de pierre trouvée au XIXe siècle à Tlalmanalco, au pied du Popocatepetl, et conservée au Musée national d’anthropologie de Mexico. Le dieu y est assis jambes croisées sur un socle orné de fleurs et de papillons ; il porte un masque, lève le visage, et son corps est couvert de fleurs sculptées.
Mythes principaux
Xochipilli n’est le héros d’aucun grand récit conservé. Il apparaît surtout dans les chants sacrés recueillis en nahuatl par Sahagún, dont l’un lui est adressé : le dieu y est évoqué avec Centeotl, et le chant mêle le jeu de balle, l’oiseau quetzal et le maïs naissant. Certaines traditions sur la naissance du maïs le placent, sous le nom de Piltzintecuhtli, comme époux de Xochiquetzal et père de Centeotl.
La statue de Tlalmanalco a donné lieu à une hypothèse célèbre. Dans un ouvrage paru en 1980, R. Gordon Wasson, banquier et spécialiste amateur des champignons, proposa d’y reconnaître des plantes psychotropes : champignons, tabac, ololiuhqui et d’autres espèces. La posture du dieu, tête levée, figurerait l’extase. Sahagún atteste bien l’usage rituel de champignons appelés teonanacatl et d’autres plantes enivrantes. Mais les fleurs de la statue sont très stylisées, leur identification botanique reste incertaine, et cette lecture, souvent reprise, est une hypothèse et non un fait établi.
Culte et postérité
Selon Sahagún, Xochipilli-Macuilxochitl était le dieu de ceux qui vivaient dans les maisons des seigneurs. Sa fête, Xochilhuitl, la « fête des fleurs », était mobile et dépendait du calendrier divinatoire. Elle était précédée de quatre jours de jeûne. Ceux qui manquaient alors à la continence étaient, croyait-on, frappés par le dieu de maladies des parties cachées du corps, notamment d’hémorroïdes. Le jour de la fête, on apportait des offrandes de maïs préparé de diverses façons et l’on sacrifiait des captifs. Les joueurs de patolli invoquaient Macuilxochitl en jetant leurs haricots.
La statue de Tlalmanalco est devenue l’une des œuvres les plus reproduites de l’art aztèque. La lecture de Wasson lui a valu une seconde célébrité, hors des cercles savants, auprès de ceux qui s’intéressent aux plantes hallucinogènes. Miller et Taube retiennent surtout du dieu sa place parmi les jeunes divinités du plaisir et de la végétation, à côté de Xochiquetzal et de Centeotl.