Ces dieux

Xochiquetzal

Déesse des fleurs, de l’amour et des artisans

Origines

Xochiquetzal, « Fleur précieuse » ou « Fleur-plume de quetzal », est la déesse des fleurs et de tout ce qui, dans la vie nahua, relève de la beauté et du plaisir : l’amour, la jeunesse, le chant, les parures et les arts du luxe. Elle appartient au groupe des déesses de la terre et de la fécondité, mais elle en est la face jeune et séduisante, alors que Coatlicue ou Toci en sont la face maternelle et grave. Elle est parfois donnée pour la sœur ou le pendant féminin de Xochipilli, le « Prince des fleurs », dieu de la musique et des jeux.

Les sources la situent à Tamoanchan, le lieu d’origine mythique, jardin où pousse l’arbre fleuri des dieux. L’hymne qui lui est consacré parmi les vingt chants sacrés recueillis par Sahagún la fait venir de ce lieu de fleurs et de brume, tandis qu’un jeune dieu, Piltzintecuhtli, la pleure et la cherche. Ce chant, obscur comme les autres hymnes, est l’un des rares textes indigènes où elle parle en son nom.

Attributs et symboles

Elle est reconnaissable, dans les codex, aux deux grands panaches de plumes de quetzal dressés sur sa coiffe, à ses ornements de fleurs et à ses vêtements richement tissés. Le papillon et l’oiseau l’accompagnent, ainsi que les guirlandes de fleurs. Le Codex Borgia, manuscrit peint antérieur à la conquête, la montre parmi les patrons des treizaines du calendrier divinatoire, en compagnie des autres grandes divinités du Mexique central. Dans les Primeros Memoriales, esquisse de l’œuvre de Sahagún, elle est peinte avec sa parure de plumes et son bâton fleuri.

Elle est la patronne des femmes qui tissent et qui brodent, ainsi que des peintres, des plumassiers et des orfèvres, tous ceux dont le travail fait naître de belles choses. Lors d’Atamalcualiztli, la fête des tamales d’eau qui revenait tous les huit ans, Sahagún rapporte qu’on la représentait assise, occupée à tisser. Elle protège aussi les jeunes femmes et, en particulier, les ahuianime, les femmes de plaisir qui accompagnaient les guerriers, ce qui dit son domaine sans détour.

Mythes principaux

Le mythe le plus connu de Xochiquetzal est celui de son enlèvement. Selon un récit rapporté par les chroniqueurs de Tlaxcala, elle était la première épouse de Tlaloc et vivait dans les délices de son paradis quand Tezcatlipoca, séduit par sa beauté, l’enleva pour en faire sa femme ; Tlaloc prit ensuite pour épouse Chalchiuhtlicue. Ce récit ne se trouve pas sous cette forme dans les textes mexica, et il faut le tenir pour l’une des variantes régionales du Mexique central.

Un autre récit, connu par les commentaires en espagnol d’un manuscrit du XVIe siècle, le Codex Telleriano-Remensis, en fait la première pécheresse : au jardin de Tamoanchan, elle cueillit une fleur de l’arbre interdit, ce qui provoqua l’expulsion des dieux hors de ce paradis. Les commentateurs coloniaux l’ont rapprochée d’Ève, et il est difficile aujourd’hui de démêler dans ce récit la part du mythe indigène et celle de la lecture chrétienne. Michel Graulich a néanmoins soutenu que la faute de Tamoanchan est un thème authentiquement mésoaméricain, fondateur de la condition mortelle des hommes.

Culte et postérité

Le culte de Xochiquetzal est moins bien documenté que celui des grands dieux d’État. Il passait par des offrandes de fleurs, des chants et des danses de jeunes femmes, et par la dévotion des artisans du luxe, qui se plaçaient sous sa protection. Le jour Un-Fleur, dans le calendrier divinatoire, était selon Sahagún un jour de fête pour les seigneurs, les chanteurs et les musiciens, et les fleurs y étaient partout.

Après la conquête, la déesse des fleurs disparut sans laisser de trace directe dans les dévotions chrétiennes, à la différence des figures maternelles, que l’on a parfois rapprochées de la Vierge. Elle reste, par ses représentations dans les codex, l’une des images les plus gracieuses du monde divin nahua, et les historiens de la culture aztèque, à commencer par Jacques Soustelle, ont vu en elle le témoin d’une civilisation qui faisait des fleurs, des chants et des parures une part essentielle de sa vie religieuse.

Pour aller plus loin

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Sources

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