Xolotl
Dieu canin, jumeau de Quetzalcoatl et guide des morts
Origines
Xolotl est le dieu canin du Mexique central, compagnon et double de Quetzalcoatl. Son nom est difficile à traduire d’un seul mot : en nahuatl, xolotl désigne ce qui est double ou anormal, et le terme entre dans le nom de plusieurs êtres jugés étranges, comme l’axolotl, « xolotl de l’eau », la salamandre des lacs de Mexico, ou le chien sans poil appelé xoloitzcuintli. Le dieu est ainsi le patron des jumeaux, tenus pour inquiétants, et des êtres difformes.
Comme pour les autres divinités aztèques, ce que l’on sait de lui vient de manuscrits peints et de textes rédigés après la Conquête par des religieux espagnols ou sous leur contrôle. Les récits qui le concernent sont brefs et ne s’accordent pas toujours ; les chercheurs les complètent par les images des codex.
Attributs et symboles
Dans le Codex Borgia, manuscrit préhispanique du Mexique central, Xolotl a une tête de chien aux oreilles déchiquetées. Il porte les parures de Quetzalcoatl, en particulier le pectoral taillé dans une coquille marine, ce qui marque leur parenté. Il est parfois figuré avec les orbites vides, les membres tordus ou les pieds retournés, ou encore sous une forme squelettique.
Dans le calendrier divinatoire de 260 jours, il patronne le jour Ollin, « mouvement », signe qui donne aussi son nom au Soleil actuel. Les manuscrits l’associent au jeu de balle. Depuis les travaux d’Eduard Seler, beaucoup de chercheurs voient en lui Vénus comme étoile du soir, pendant de Quetzalcoatl, étoile du matin : il accompagnerait le soleil couchant dans le monde souterrain. Jacques Soustelle reprend cette lecture ; elle reste une interprétation, que les textes ne formulent pas en ces termes.
Mythes principaux
Sahagún rapporte, au livre VII, ce qui suivit la naissance du Soleil et de la Lune à Teotihuacan. Les astres restaient immobiles, et les dieux décidèrent de mourir pour les mettre en mouvement. Xolotl refusa. Il pleura tant que ses yeux sortirent de leurs orbites, puis il s’enfuit. Il se cacha dans un champ de maïs et se changea en pied de maïs à deux tiges ; découvert, il se fit agave double, puis, dans l’eau, axolotl. C’est là qu’il fut pris et mis à mort. Le récit explique à la fois le nom de ces plantes et de cet animal et l’aspect du dieu, aux orbites vides.
Le franciscain Gerónimo de Mendieta, qui s’appuie sur les écrits perdus d’Andrés de Olmos, donne à Xolotl un tout autre rôle. Chez lui, c’est Xolotl qui descend au monde des morts demander à Mictlantecuhtli l’os dont naîtra l’humanité ; poursuivi, il tombe, l’os se brise, et les dieux l’arrosent de leur sang. La Légende des Soleils attribue ce voyage à Quetzalcoatl. Mendieta fait aussi de Xolotl celui qui sacrifie les dieux à Teotihuacan avant de se donner la mort. Ces divergences montrent combien les deux figures sont proches : Xolotl agit comme le jumeau qui accomplit, sous terre, ce que Quetzalcoatl accomplit ailleurs.
Culte et postérité
On ne connaît pas de grande fête propre à Xolotl dans le calendrier de Mexico, et son culte semble avoir tenu surtout à la divination et aux rites liés aux jumeaux. Son lien avec le chien renvoie en revanche à un usage funéraire bien attesté. Sahagún décrit, dans l’appendice du livre III, le chien de couleur fauve que l’on sacrifiait et brûlait avec le mort, afin qu’il porte son maître sur son dos à travers le fleuve du Mictlan. Des restes de chiens ont été retrouvés par les archéologues dans des sépultures de plusieurs régions de la Mésoamérique.
Le nom du dieu survit aujourd’hui dans celui de deux animaux emblématiques du Mexique : le xoloitzcuintle, chien sans poil dont la race est toujours élevée, et l’axolotl, salamandre du lac de Xochimilco aujourd’hui menacée dans son milieu naturel. Le dieu ne doit pas être confondu avec le chef chichimèque du même nom, personnage des chroniques de Texcoco.