Brigit
Déesse irlandaise des poètes et des forgerons
Origines
Le nom de Brigit repose sur une racine celtique signifiant « haute », « élevée », que l’on retrouve dans celui des Brigantes, peuple du nord de la Bretagne romaine, et de leur déesse Brigantia. Celle-ci est connue par quelques inscriptions et par un relief de Birrens, en Écosse, où elle porte les attributs de Minerve. Ce parallèle britannique est le seul indice d’une existence de la déesse hors d’Irlande ; il autorise à penser que Brigit est antérieure aux textes qui la mentionnent, sans qu’on puisse en dire davantage.
En Irlande, la source principale est le Glossaire de Cormac, attribué à l’évêque-roi Cormac mac Cuilennáin, mort en 908. Il décrit Brigit comme une poétesse, fille du Dagda, déesse qu’honoraient les poètes, et lui donne deux sœurs du même nom, Brigit la guérisseuse et Brigit la forgeronne. Le glossateur ajoute que, chez tous les Irlandais, une déesse s’appelait Brigit. Elle correspond assez bien à la « Minerve » que César, dans la Guerre des Gaules, présente comme celle qui enseigne aux Gaulois les principes des arts et des métiers.
Attributs et symboles
Brigit est triple, ou plutôt une en trois : poésie, médecine, forge. Ces trois domaines ont en commun le feu, celui de l’inspiration, celui de la fièvre qu’on apaise et celui du foyer du forgeron. Le feu est resté son signe, comme en témoigne, après la christianisation, le feu perpétuel de Kildare. Les sources et les puits qui portent son nom, nombreux en Irlande, prolongent son rôle de guérisseuse.
Sa fête est Imbolc, le 1er février, au début de la lactation des brebis, l’une des quatre grandes fêtes de l’année irlandaise ; c’est aussi la date de la sainte Brigitte. Guyonvarc’h et Le Roux vont plus loin et considèrent que Brigit est la grande déesse unique de l’Irlande, dont les autres figures féminines ne seraient que des aspects ; cette thèse est propre à leur école et ne fait pas l’unanimité.
Mythes principaux
Les récits qui la concernent sont rares. Le plus notable se trouve dans le Cath Maige Tuired, où elle apparaît sous le nom de Bríg, épouse de Bres, le roi à demi fomoire. Son fils Ruadán, envoyé espionner les forges des Tuatha Dé Danann, tente de tuer Goibniu, le forgeron divin, et meurt de la lance que celui-ci retourne contre lui. Bríg vient alors pleurer son fils : elle crie et se lamente, et le texte précise que c’est la première fois qu’on entend en Irlande des cris et des pleurs de deuil. Ce récit fait d’elle l’inventrice du caoineadh, la lamentation funèbre chantée par les femmes, attestée en Irlande jusqu’au XXe siècle. Le même passage lui attribue l’invention d’un sifflement servant de signal la nuit.
Au-delà, la déesse est presque muette dans les textes. Beaucoup de ce qu’on lui prête aujourd’hui provient en réalité des vies de la sainte et du folklore.
Culte et postérité
Sainte Brigitte de Kildare, abbesse morte, selon les annales, vers 524, a hérité de son nom, de sa fête et de plusieurs de ses traits. Sa première biographie, due au moine Cogitosus au VIIe siècle, en fait une protectrice des troupeaux et une faiseuse de miracles liés au lait et à la bière. À la fin du XIIe siècle, Giraud de Barri rapporte, dans sa Topographia Hibernica, que les religieuses de Kildare entretenaient un feu qui ne s’éteignait jamais, dans une enceinte interdite aux hommes ; ce feu fut supprimé à la Réforme. La plupart des historiens y voient la continuité d’un sanctuaire préchrétien, tout en rappelant que l’existence historique de la sainte reste possible.
Le folklore irlandais a conservé la croix de Brigitte, tressée en joncs le 1er février, et le brat Bríde, morceau d’étoffe laissé dehors la veille pour recevoir sa bénédiction. Depuis 2023, le jour de la Sainte-Brigitte est férié en Irlande, premier jour férié du pays consacré à une femme. Le nom de la lwa haïtienne Maman Brigitte est parfois rapproché du sien, sans que la filiation soit démontrée. Brigit est enfin l’une des figures les plus honorées du néo-paganisme, où elle est souvent réduite à une « déesse du feu », ce que les sources ne disent qu’indirectement.
Figures apparentées dans d’autres panthéons
- Minerve — Déesse de l’intelligence, des métiers et des arts (Mythologie romaine)