Danu
Déesse mère éponyme des Tuatha Dé Danann
Origines
Danu est une figure paradoxale : elle donne son nom au peuple divin de l’Irlande, les Tuatha Dé Danann, et l’on ne sait presque rien d’elle. La forme « Danu » elle-même est une reconstruction des philologues. Les manuscrits ne livrent que le génitif Danann ou Donann, et un nominatif moyen-irlandais Donand. Aucun récit ne la met en scène, aucune inscription antique ne la nomme.
Le nom du peuple se traduit d’ordinaire par « tribus de la déesse Danu ». Henri d’Arbois de Jubainville préférait comprendre « gens du dieu dont la mère s’appelait Dana ». Les textes les plus anciens disent simplement Tuatha Dé, « tribus des dieux ». En 1981, John Carey a soutenu que Danann fut ajouté tardivement, peut-être pour distinguer les dieux païens du peuple d’Israël, que les clercs irlandais appelaient aussi Tuath Dé, « peuple de Dieu ». Dans cette hypothèse, la déesse pourrait devoir une partie de son existence à l’érudition médiévale.
Attributs et symboles
Le Lebor Gabála Érenn connaît une Danand, fille de Delbáeth, mère de Brian, Iuchar et Iucharba, appelés les « trois dieux de Danu ». L’expression irlandaise est ambiguë, car dána signifie aussi « de l’art » : d’Arbois de Jubainville y voyait à la fois les fils de la déesse et les dieux du génie artistique et littéraire.
Les traits maternels viennent d’une autre figure, Anu ou Ana. Le Glossaire de Cormac, vers 900, la dit « mère des dieux d’Irlande », celle qui les nourrissait bien, et lui rattache deux collines jumelles du Kerry, Dá Chích Anann, « les Deux Mamelles d’Anu ». Un texte que cite d’Arbois glose son nom par « abondance ». Anu et Danu sont-elles une seule déesse ? Le Lebor Gabála les confond par endroits, et beaucoup de savants ont suivi ; rien n’oblige pourtant à tenir l’identité pour acquise.
Mythes principaux
Aucun mythe de Danu n’a été conservé. Elle n’apparaît que dans des généalogies et dans une liste de morts : un poème de Flann Mainistrech, au XIe siècle, la fait périr de la main d’un Fomoire, lorsque les dieux furent ramenés au rang de mortels.
D’Arbois de Jubainville a tenté de combler ce vide. Pour lui, Dana n’est qu’un autre nom de Brigit, fille du Dagda et épouse de Bres ; ses trois fils ne seraient que trois aspects d’un seul dieu, Brian, dont il croyait retrouver le nom dans celui de Brennos, chef des Gaulois qui prirent Rome puis pillèrent Delphes. Cette construction, typique de la mythologie comparée de son temps, n’est plus retenue.
Le pays de Galles offre un parallèle plus solide : Dôn, mère de Gwydion, de Gofannon et d’Arianrhod dans la quatrième branche du Mabinogi. Elle aussi n’est qu’un nom à la tête d’une famille de personnages divins, ce qui rend la comparaison séduisante et difficile à pousser plus loin.
Culte et postérité
On ne connaît aucun culte de Danu. Les deux collines du Kerry, toujours appelées les Paps of Anu et coiffées de cairns préhistoriques, sont le seul lieu que la tradition rattache à cette mère des dieux, et encore sous le nom d’Anu.
Le nom a suscité de vastes comparaisons. On l’a rapproché de noms de fleuves comme le Danube ou le Don, et d’une Dānu de l’Inde védique, pour en faire une antique déesse des eaux commune aux peuples indo-européens. Ces rapprochements restent des hypothèses linguistiques, sans aucun texte celtique à l’appui.
La littérature moderne et le néo-paganisme ont fait de Danu une grande déesse mère, figure de la terre féconde. Ce portrait doit plus au XIXe et au XXe siècle qu’aux manuscrits irlandais, qui ne nous ont transmis d’elle qu’un nom au génitif.