Ces dieux

Epona

Déesse gauloise des chevaux et des cavaliers

Origines

Epona est la déesse gauloise la mieux documentée par l’archéologie et la seule à avoir été adoptée par les Romains eux-mêmes. Son nom repose sur le mot gaulois epos, « cheval », apparenté au latin equus : elle est « la Cavalière » ou « la Déesse-Jument ». Aucune image ni inscription antérieure à la conquête ne la montre ; tout ce que l’on sait d’elle date de l’époque romaine, du Ier au IVe siècle. Cela ne signifie pas qu’elle soit une création tardive, mais que son culte n’a laissé de traces qu’en adoptant les formes romaines de la dédicace et de la statue.

Plus de trois cents monuments lui sont consacrés, recensés par René Magnen et Émile Thévenot. Ils se concentrent en Bourgogne, en Lorraine et en Alsace, dans les provinces rhénanes et le long du Danube, c’est-à-dire là où stationnaient les troupes ; mais on en trouve aussi en Bretagne, en Italie, en Afrique du Nord et à Rome. Beaucoup émanent de cavaliers des unités auxiliaires, souvent recrutés en Gaule, qui ont emporté leur déesse de garnison en garnison.

Attributs et symboles

Deux types d’images se partagent ses monuments. Dans le premier, dit « à l’amazone », Epona est assise de côté sur une jument qui marche au pas, souvent accompagnée d’un poulain ; dans le second, dit « impérial », elle est assise de face entre deux chevaux ou davantage, qui tournent la tête vers elle. Elle porte une corbeille de fruits ou d’épis, une corne d’abondance, une patère pour les libations, parfois une clé, dans laquelle certains ont vu l’ouverture de l’autre monde. Un chien l’accompagne à l’occasion.

Ces attributs en font davantage qu’une patronne des écuries. Le poulain, les fruits et la corne d’abondance la rattachent aux déesses mères gauloises, dispensatrices de fécondité et de prospérité. Miranda Green souligne cette double nature, protectrice du cheval et de ceux qui en vivent, et garante de l’abondance de la terre. Les épithètes que lui donnent les inscriptions, Regina, Augusta, Sancta, montrent le respect qui l’entourait.

Mythes principaux

Aucun récit gaulois ne la concerne. Un texte grec tardif attribué à Plutarque raconte qu’un certain Fulvius Stellus, qui haïssait les femmes, s’unit à une jument et en eut une fille nommée Epona, déesse des chevaux ; l’anecdote, rapportée pour son étrangeté, n’a rien de celtique.

Les auteurs latins la mentionnent surtout pour se moquer de sa popularité. Juvénal, dans sa huitième satire, raille un consul qui, dans ses écuries, ne jure que par Epona. Apulée, dans Les Métamorphoses, fait décrire à son héros changé en âne une niche d’écurie où l’image de la déesse est ornée de roses fraîches, qu’il tente de manger pour retrouver forme humaine. Ces témoignages confirment ce que disent les monuments : Epona était honorée d’abord là où l’on gardait les chevaux, par les palefreniers, les muletiers et les soldats.

Les chercheurs ont cherché ses reflets dans les littératures insulaires. Rhiannon, dans la première branche du Mabinogi gallois, apparaît sur un cheval que nul ne peut rattraper et, condamnée pour la disparition supposée de son fils, doit porter les visiteurs sur son dos comme une monture. Macha, en Irlande, contrainte de courir contre les chevaux du roi alors qu’elle est enceinte, meurt en donnant naissance à des jumeaux. Ces figures sont apparentées à Epona par le thème, non par le nom, et rien ne permet d’en faire une même déesse.

Culte et postérité

Epona est la seule divinité gauloise à figurer dans un calendrier romain : un calendrier de Guidizzolo, près de Mantoue, lui assigne une fête le 18 décembre. Son culte fut civil autant que militaire, et ses images ornaient les écuries, les relais et les sanctuaires domestiques. Il s’est éteint avec le paganisme, sans laisser de sainte ou de fête chrétienne identifiable.

Sa postérité moderne tient à l’archéologie, qui n’a cessé d’exhumer ses reliefs, et à la place du cheval dans l’imaginaire celtique. Son nom a été donné à des chevaux célèbres et à des jeux vidéo, et le néo-paganisme la compte parmi ses déesses, généralement sous les traits de la cavalière romaine, faute d’image plus ancienne.

Sources

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