Ces dieux

Goibniu

Dieu-forgeron irlandais des Tuatha Dé Danann

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Origines

Goibniu est le forgeron des Tuatha Dé Danann. Son nom est tiré du mot irlandais qui désigne son métier, gobae, au génitif gobann, « forgeron » : il est le Forgeron par excellence, comme le Dagda est « le dieu bon ». Il n’est connu que par les textes irlandais médiévaux. Le même radical se retrouve en Gaule dans des noms de personnes et de lieux, et dans quelques dédicaces d’époque romaine à un dieu Gobannus ou Cobannus, dont on ne sait rien d’autre.

Le pays de Galles possède un personnage au nom apparenté, Gofannon, fils de Dôn, qui apparaît dans le Mabinogi et dans Culhwch et Olwen. Les deux figures remontent probablement à un même forgeron divin, sans que l’on puisse en dire davantage.

Attributs et symboles

Goibniu n’agit presque jamais seul. Il forme avec Luchta le charpentier et Creidne le bronzier un groupe de trois artisans que certains textes appellent les « trois dieux de l’art ». Dans le Cath Maige Tuired, chacun se voit demander par Lug ce qu’il apportera à la guerre. Goibniu promet de remplacer toute lance brisée et toute épée rompue, la bataille dût-elle durer sept ans ; aucune pointe sortie de sa forge ne manquera son but, et aucune chair qu’elle aura percée ne goûtera plus la vie.

Sa seconde attribution est plus inattendue. Des textes plus tardifs parlent du fled Goibnenn, le « festin de Goibniu », dont la boisson préserve les Tuatha Dé Danann de la vieillesse et de la mort. Henri d’Arbois de Jubainville avouait ne pas savoir pourquoi un forgeron préparait cette bière d’immortalité ; il rapprochait le fait d’Héphaïstos servant à boire aux dieux au premier chant de l’Iliade. Le rapprochement est le sien, et il reste une analogie.

Mythes principaux

Le récit de la bataille de Mag Tured décrit l’atelier en pleine action. Goibniu façonne un fer de lance en trois coups de marteau ; Luchta taille la hampe en trois coups de hache ; Creidne lance les rivets, qui se fixent d’eux-mêmes. Les armes des Tuatha Dé sont ainsi neuves chaque matin, tandis que celles des Fomoire s’usent. D’Arbois de Jubainville notait que cette scène figure déjà dans le Glossaire de Cormac, vers 900, et il en tirait argument pour l’ancienneté du récit.

Les Fomoire envoient alors un espion, Rúadán, fils de Bres et de Brigit, que sa parenté maternelle fait accueillir sans méfiance. Il demande une lance aux trois artisans, puis en frappe Goibniu. Le forgeron arrache l’arme de sa plaie et la renvoie à Rúadán, qui en meurt ; lui-même est guéri par la source de santé de Dian Cécht. Brigit vient pleurer son fils, et le texte dit que ce furent les premières lamentations entendues en Irlande.

Culte et postérité

Aucun culte n’est documenté, mais le nom a longtemps gardé un prestige magique. Le feuillet irlandais de Saint-Gall, copié au VIIIe ou au IXe siècle, contient une incantation qui invoque par trois fois la « science de Goibniu ». D’Arbois y lisait un charme destiné à conserver le beurre ; les éditeurs modernes la rangent plutôt parmi les formules de guérison, le beurre n’étant que le support du charme. D’Arbois rappelait en regard l’hymne attribué à saint Patrice, qui demande protection contre les sortilèges des femmes, des forgerons et des druides : le forgeron y est encore un homme de savoir redouté.

Dans le folklore, le personnage se prolonge sous les traits du Gobbán Saer, bâtisseur légendaire d’églises et de tours, et dans le conte de la vache Glas Gaibhnenn, au lait inépuisable, que Balor vole à un forgeron. Guyonvarc’h et Le Roux voient dans Goibniu le représentant divin de la fonction artisanale.

Pour aller plus loin

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Sources

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