Ces dieux

Manannan

Dieu irlandais de la mer et de l’Autre Monde

Origines

Manannan mac Lir est « Manannan fils de Ler », et Ler est la mer elle-même : son nom fait de lui le fils de l’océan. Il est lié à l’île de Man, entre l’Irlande et la Grande-Bretagne, dont le nom et le sien sont apparentés ; les textes médiévaux hésitent sur lequel a donné l’autre. Il n’est connu que par les sources insulaires : rien, en Gaule, ne lui correspond.

Le Glossaire de Cormac, vers 900, en fait un exemple d’évhémérisme, cette manière chrétienne de transformer les dieux en hommes du passé : Manannan y est décrit comme un marchand célèbre établi dans l’île de Man, le meilleur pilote de l’Occident, qui prévoyait le temps en observant le ciel, si bien que les Irlandais et les Bretons le prirent pour le dieu de la mer et le dirent fils de la mer. Ce portrait, en niant la divinité, la révèle.

Manannan occupe une place à part parmi les Tuatha Dé Danann : le Lebor Gabála Érenn ne l’intègre pas vraiment à leurs généalogies, et il semble plutôt appartenir à un Autre Monde dont il est le maître. Au pays de Galles, Manawydan fab Llŷr, héros de la troisième branche du Mabinogi, porte un nom équivalent, mais il y est un artisan habile et patient, sans aucun trait marin.

Attributs et symboles

Ses attributs sont ceux du voyage entre les mondes. Le manteau de brume, qu’il secoue entre deux êtres pour qu’ils ne se revoient jamais, ou qu’il étend pour cacher une île. Le cheval qui court sur la mer comme sur la terre ferme, et la barque qui avance sans voile ni rames, obéissant à la pensée de son passager. Les textes tardifs y ajoutent une épée, des porcs qui reviennent à la vie après avoir été mangés et un festin d’immortalité ; ces objets, énumérés dans des récits des XIVe au XVIIe siècle, prolongent une figure bien plus ancienne.

Son royaume est Emain Ablach, « Emain aux pommiers », île de l’ouest où l’on ne connaît ni maladie ni mort, que les textes irlandais placent au-delà de la mer et que la littérature arthurienne, par d’autres voies, appellera Avalon. Proinsias Mac Cana le décrit comme le dieu de l’Autre Monde par excellence, plus que comme un simple dieu des flots.

Mythes principaux

Le plus beau texte le concernant est l’Immram Brain, « la navigation de Bran », composé vers le VIIIe siècle. Bran, parti sur la mer à la recherche de la Terre des Femmes, croise un char qui roule sur les vagues : c’est Manannan, qui chante que ce que Bran prend pour une mer est pour lui une plaine fleurie, où les saumons sont des veaux et des agneaux, et où les chars circulent entre les fleurs. Dans le même poème, le dieu annonce qu’il ira en Ulster engendrer, sur l’épouse du roi Fiachna, un fils nommé Mongán, personnage par ailleurs connu des annales, qui aura le pouvoir de changer de forme.

Dans Serglige Con Culainn, « la maladie de Cú Chulainn », le héros de l’Ulster est aimé de Fand, l’épouse de Manannan, qu’il rejoint dans l’Autre Monde ; quand l’aventure tourne mal, le dieu vient chercher sa femme et secoue son manteau entre elle et Cú Chulainn pour qu’ils ne se rencontrent plus jamais.

Un récit tardif raconte enfin comment, après la défaite des Tuatha Dé Danann par les Gaëls, Manannan attribue à chacun d’eux un tertre où vivre, leur donne le voile d’invisibilité et le festin qui préserve de la vieillesse. Il devient ainsi le protecteur des anciens dieux retirés sous la terre.

Culte et postérité

Aucun culte irlandais de Manannan n’est documenté. L’île de Man a conservé son souvenir plus longtemps qu’ailleurs : une ballade mannoise du XVIe siècle rapporte que les insulaires lui payaient un tribut de joncs verts à la Saint-Jean, et le folklore de l’île lui attribue la brume qui la protège des envahisseurs. Les poètes du renouveau celtique, à la fin du XIXe siècle, l’ont volontiers repris, et sa barque sans rames, son manteau et son cheval marin ont nourri l’imaginaire de la fantasy. Il est l’un des rares dieux celtiques dont les traits, d’un texte à l’autre, restent cohérents.

Pour aller plus loin

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Sources

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