Mider
Dieu irlandais du tertre de Brí Léith, amant d’Étaín
Origines
Mider, ou Midir, appartient aux Tuatha Dé Danann, mais il ne joue aucun rôle dans les batailles de Mag Tured. Henri d’Arbois de Jubainville observait que le Lebor Gabála Érenn ne le cite qu’en passant. Son domaine est celui des síde, les tertres où les dieux se retirent après l’arrivée des hommes. Le sien est Brí Léith, que l’on situe près d’Ardagh, dans l’actuel comté de Longford.
Presque tout ce que l’on sait de lui vient d’un seul récit, Tochmarc Étaíne, « la Courtise d’Étaín », dont la langue remonte au vieil irlandais. Aucun témoignage antique ou épigraphique ne le concerne, et l’origine de son nom n’est pas établie. Dans le récit, Étaín elle-même lui reproche de n’avoir ni généalogie ni ancêtres connus ; d’Arbois y lisait l’indice que les lignées prêtées aux dieux par d’autres textes sont des constructions récentes.
Attributs et symboles
Le conte le décrit lorsqu’il apparaît devant le roi Eochaid Airem : tunique pourpre, chevelure d’or, œil bleu brillant, lance à cinq pointes et bouclier orné d’or. Il porte avec lui un plateau de fidchell en argent, aux pièces d’or. Ce jeu de table est souvent traduit par « échecs », mais d’Arbois signalait déjà que l’équivalence est douteuse.
Mider est un prince de l’Autre Monde. Le poème qu’il chante à Étaín décrit une terre où l’on ne vieillit pas, où coulent l’hydromel et le vin, et où nul n’est triste. D’Arbois de Jubainville jugeait ce chant étranger à l’intrigue et y voyait l’appel d’un messager de la mort ; c’est son interprétation, que les lecteurs modernes ne suivent pas tous.
Mythes principaux
Tochmarc Étaíne se compose de trois épisodes. Dans le premier, Mider, père nourricier d’Oengus, perd un œil au Brug na Bóinne en séparant des garçons. Guéri par Dian Cécht, il exige en réparation la plus belle fille d’Irlande, Étaín, qu’Oengus obtient pour lui. Sa première épouse, Fuamnach, change la jeune femme en flaque d’eau, puis en une mouche pourpre que le vent chasse pendant des années. La mouche tombe enfin dans la coupe de l’épouse d’Étar, qui l’avale ; Étaín renaît ainsi, mille douze ans après sa première naissance.
Devenue l’épouse d’Eochaid Airem, roi suprême d’Irlande, elle ne se souvient de rien. Mider vient jouer au fidchell contre le roi. Il perd d’abord plusieurs parties et paie ses dettes par des travaux prodigieux, dont une chaussée à travers un marais ; puis il gagne et réclame de tenir Étaín dans ses bras. Au jour dit, il surgit au milieu de la salle gardée de Tara, enlace Étaín et s’élève avec elle par l’ouverture du toit. Les guerriers ne voient plus que deux cygnes.
Eochaid fait alors éventrer les tertres d’Irlande. Mider lui présente cinquante femmes semblables à Étaín, et le roi choisit, sans le savoir, sa propre fille. Un autre récit, Togail Bruidne Da Derga, attribue à la rancune des gens des síde la mort de Conaire, descendant d’Eochaid.
Culte et postérité
On ne connaît aucun culte de Mider. Le récit lui-même a une histoire accidentée : d’Arbois de Jubainville ne disposait en 1884 que du texte mutilé du Lebor na hUidre, complété par les résumés d’Eugene O’Curry, et sa version diffère sur plusieurs points de celle que l’on lit aujourd’hui. Le texte complet n’a été retrouvé que dans les années 1930, sur des feuillets appartenant au Livre jaune de Lecan, et publié par Osborn Bergin et R. I. Best en 1938.
Le thème de l’épouse reprise par un amant de l’Autre Monde a inspiré la pièce The Immortal Hour de Fiona Macleod, dont Rutland Boughton a tiré un opéra créé en 1914.