Brahma
Dieu créateur, premier membre de la Trimurti
Origines
Brahma est le créateur dans la Trimurti, le trio qui associe la création, la conservation et la destruction du monde à Brahma, Vishnou et Shiva. Son nom, masculin, ne doit pas être confondu avec le brahman, neutre, qui désigne dans les Upanishads l’absolu impersonnel dont tout procède. Brahma en est en quelque sorte la face agissante et personnelle.
Le Rig-Veda ne le nomme pas encore. On y trouve en revanche Prajapati, « le maître des créatures », et Hiranyagarbha, « l’embryon d’or », qui surgit au commencement et soutient la terre et le ciel. Les Brahmanas, textes rituels qui suivent les Vedas, font de Prajapati le sacrifiant primordial dont le corps démembré devient le monde. Les épopées et les Puranas fondent ensuite ces figures dans celle de Brahma, dieu à quatre visages assis sur un lotus. Madeleine Biardeau souligne que ce Brahma des épopées est déjà un dieu subordonné : il crée, mais sur ordre de Vishnou ou par la grâce de Shiva, selon la tradition qui raconte.
Attributs et symboles
Brahma a quatre têtes, tournées vers les quatre directions, d’où sortent les quatre Vedas. Il est barbu, souvent âgé, et l’on en fait le Pitamaha, « l’aïeul » des dieux et des hommes. Ses quatre mains tiennent le livre des Vedas, un chapelet pour compter le temps, un pot à eau, symbole de l’eau primordiale, et parfois une cuillère sacrificielle. Sa monture est le hamsa, une oie sauvage ou un cygne, oiseau dont on dit qu’il sait séparer le lait de l’eau, image du discernement. Son épouse est Sarasvati, la parole et le savoir. Sa demeure est Brahmaloka, le plus haut des mondes.
Les Puranas mesurent le temps à son échelle. Un jour de Brahma, le kalpa, dure mille grands cycles de quatre âges ; à la fin de chaque jour, le monde se résorbe, et Brahma le recrée au matin suivant. Sa vie compte cent années de ces jours. Ce vertige numérique dit que même le créateur est pris dans le temps.
Mythes principaux
Le récit le plus répandu de sa naissance vient des Puranas vishnouites : Vishnou dort sur le serpent Ananta, au-dessus des eaux, et de son nombril s’élève un lotus dans lequel Brahma apparaît. Brahma crée alors les mondes, les sages nés de son esprit, les dieux, les démons et les créatures.
Le Shiva Purana explique pourquoi il n’a pas de culte. Brahma et Vishnou se disputaient la prééminence quand une colonne de feu sans fin surgit entre eux. Vishnou, sous forme de sanglier, en chercha la base ; Brahma, sous forme d’oie, en chercha le sommet. Ni l’un ni l’autre ne trouva. Vishnou avoua son échec ; Brahma prétendit avoir vu le sommet et fit témoigner à faux une fleur de ketaki. Shiva sortit alors de la colonne, qui était son linga, et condamna Brahma à n’être adoré nulle part. Ce récit exprime la supériorité de Shiva pour les shivaïtes ; d’autres versions attribuent la disgrâce de Brahma à une malédiction de Sarasvati ou d’un sage.
Les Puranas rapportent aussi que Brahma avait cinq têtes, et que Shiva lui en trancha une. On raconte enfin que sa fille, née de lui, fut aussi l’objet de son désir, ce que les textes traitent comme une faute.
Culte et postérité
Brahma est présent dans presque tous les récits, mais presque absent des temples. Son sanctuaire le plus connu est celui de Pushkar, au Rajasthan, où une foire et un pèlerinage réunissent chaque automne des dizaines de milliers de pèlerins. Quelques temples lui sont dédiés ailleurs, en Inde du Sud et en Asie du Sud-Est, mais ils sont rares. Il reçoit en revanche des offrandes lors des rites qui invoquent l’ensemble des dieux, et son image figure dans les temples de Vishnou et de Shiva comme membre de la Trimurti.
Alain Daniélou voit dans cet effacement le signe que la création, une fois faite, n’appelle plus de dévotion : c’est la conservation du monde et sa dissolution que les fidèles ont à négocier. Hors de l’Inde, Brahma est devenu Phra Phrom en Thaïlande, où le sanctuaire d’Erawan, à Bangkok, est l’un des plus fréquentés de la ville. Dans le bouddhisme, il est un dieu parmi d’autres, respectueux du Bouddha.