Durga
Déesse guerrière, victorieuse du démon-buffle Mahisha
Origines
Le nom de Durga signifie « la difficile d’accès », « l’inaccessible », et le mot désigne aussi une forteresse. Il apparaît dans quelques textes védiques tardifs, mais David Kinsley souligne qu’aucune déesse du Veda ne ressemble à la guerrière que l’on connaît ; il suppose que sa figure doit beaucoup à des cultes de déesses étrangers au milieu brahmanique, liés aux montagnes et aux forêts. Les images d’une déesse tuant un buffle se répandent dans les premiers siècles de notre ère.
Son texte fondateur est le Devi Mahatmya, la « Célébration de la Déesse », sept cents versets insérés dans le Markandeya Purana et que les chercheurs datent en général des environs du VIe siècle. Thomas Coburn, qui l’a traduit et étudié, y voit le premier grand texte sanskrit où la réalité ultime est pensée au féminin. Pour les shaktas, Durga n’est pas une déesse parmi d’autres : elle est la Déesse, Devi, dont Parvati, Kali ou Lakshmi sont des formes.
Attributs et symboles
Durga est représentée comme une femme d’une grande beauté, au visage calme, montée sur un lion ou sur un tigre. Elle a huit, dix ou dix-huit bras, et chaque main tient une arme reçue d’un dieu : le trident de Shiva, le disque de Vishnou, la foudre d’Indra, l’arc, l’épée, la lance. L’image la plus courante, Mahishasuramardini, la montre posant le pied sur le buffle et transperçant le démon qui en sort.
Kinsley remarque qu’elle renverse le modèle féminin des traités de dharma : elle n’est soumise à aucun époux, elle occupe le champ de bataille et elle y excelle. Ses fidèles l’appellent pourtant Ma, « mère », et attendent d’elle la protection qu’une mère doit à ses enfants.
Mythes principaux
Le Devi Mahatmya raconte trois combats. Dans le premier, la Déesse est le sommeil même de Vishnou : elle se retire de lui pour qu’il s’éveille et tue les démons Madhu et Kaitabha.
Le deuxième est le plus célèbre. Le démon Mahisha, qui prend la forme d’un buffle, a vaincu les dieux et les a chassés du ciel. De la colère de Vishnou, de Shiva et de tous les autres jaillit une lumière qui se rassemble en une femme. Chacun lui remet son arme, l’Himalaya lui donne un lion. Elle rit, boit, disperse les armées ; Mahisha change de forme, lion, homme, éléphant, buffle de nouveau. Elle le cloue sous son pied et lui tranche la tête. Des versions plus tardives précisent que le démon avait obtenu de ne pouvoir être tué par aucun mâle.
Dans le troisième, les démons Shumbha et Nishumbha, apprenant sa beauté, la demandent en mariage. Elle répond qu’elle n’épousera que celui qui la vaincra. De son front courroucé sort Kali, qui abat Chanda et Munda puis boit le sang de Raktabija. Quand Shumbha lui reproche de combattre avec l’aide d’autrui, elle résorbe en elle toutes les déesses : « Je suis seule ici dans le monde. » Elle promet enfin de revenir chaque fois que le désordre menacera.
Culte et postérité
Navaratri, les « neuf nuits », à l’automne, est sa grande fête ; on y récite le Devi Mahatmya, appelé aussi Durga Saptashati ou Chandi. Le dixième jour, Vijayadashami, célèbre sa victoire. Au Bengale, la Durga Puja est le moment le plus important de l’année : des artisans modèlent en argile la déesse entourée de ses enfants, les quartiers rivalisent de pavillons décorés, et l’on immerge les images dans le fleuve au dernier jour. Les fidèles disent qu’elle revient alors, comme une fille mariée, passer quelques jours chez ses parents.
Au Gujarat, on danse la garba autour d’une lampe ; au Népal, la fête s’appelle Dasain. Dans le Nord, on honore de petites filles comme des formes de la Déesse. Le sacrifice de chèvres ou de buffles subsiste dans certaines régions, notamment au Népal et dans l’Est de l’Inde ; ailleurs, on lui substitue une courge. Kinsley relève aussi le lien de la fête avec les récoltes : la déesse des batailles est en même temps celle qui fait pousser les plantes.