Ganga
Déesse du Gange, fleuve descendu du ciel qui purifie
Origines
Ganga est le Gange, que le sanskrit et les langues de l’Inde nomment au féminin : un fleuve d’environ deux mille cinq cents kilomètres, né d’un glacier de l’Himalaya et qui se jette dans le golfe du Bengale. Pour ses fidèles, le fleuve et la déesse ne font qu’un ; l’eau elle-même est Ganga, et non son symbole.
Le Rig-Veda, dont l’horizon est tourné vers l’Indus, ne la mentionne qu’en passant. Elle prend toute son importance dans les épopées et les Puranas, lorsque la plaine du Gange devient le centre de la culture brahmanique. Les textes la disent fille d’Himavat, la montagne, et donc sœur de Parvati ; ils disent aussi qu’elle coule du pied de Vishnou et qu’elle traverse les trois mondes, le ciel, la terre et le monde souterrain.
Attributs et symboles
On la représente comme une femme au teint clair, couronnée, debout ou assise sur le makara, créature aquatique à tête de crocodile, un vase dans une main et un lotus dans l’autre. Depuis l’époque gupta, son image encadre la porte de nombreux temples, face à celle de la rivière Yamuna montée sur une tortue. Dans les images de Shiva, elle est le filet d’eau qui jaillit de son chignon.
David Kinsley la décrit comme la mère par excellence, Ganga Ma, celle qui accepte tout et pardonne tout. Diana Eck montre qu’elle sert de modèle à toutes les eaux sacrées de l’Inde : d’autres fleuves sont appelés « Gange du Sud », et son eau, rapportée dans des récipients scellés, est gardée dans les maisons, mêlée aux rites, déposée sur les lèvres des mourants.
Mythes principaux
Le Ramayana raconte sa descente. Les soixante mille fils du roi Sagara, à la recherche du cheval d’un sacrifice, troublent la méditation du sage Kapila, qui les réduit en cendres d’un regard. Seule l’eau de Ganga, qui coule alors au ciel, peut délivrer leurs âmes. Plusieurs générations plus tard, leur descendant Bhagiratha obtient par une longue ascèse qu’elle consente à descendre. Sa chute briserait la terre ; Shiva la reçoit sur sa tête et la retient dans ses cheveux nattés, puis la laisse s’écouler. Elle suit le char de Bhagiratha jusqu’à l’océan et baigne les cendres. Elle en garde le nom de Bhagirathi.
Dans le Mahabharata, Ganga prend forme humaine et épouse le roi Shantanu à condition qu’il ne l’interroge jamais sur ses actes. Elle noie l’un après l’autre leurs sept premiers fils. Au huitième, le roi l’arrête ; elle révèle alors que ces enfants étaient des dieux, les Vasu, condamnés à naître hommes et qu’elle libérait aussitôt. Elle le quitte, et l’enfant épargné devient Bhishma, l’aïeul des héros de l’épopée.
Culte et postérité
Se baigner dans le Gange efface les fautes, disent les fidèles, et y confier les cendres d’un mort facilite son passage. Les grands lieux saints jalonnent son cours : Gangotri, près de la source, Haridwar, où il entre dans la plaine, Prayagraj, où il reçoit la Yamuna, Varanasi, où beaucoup souhaitent mourir et être incinérés, l’île de Sagar à l’embouchure. Chaque soir, à Haridwar et à Varanasi, on offre au fleuve la lumière des lampes. Ganga Dussehra, au début de l’été, célèbre sa descente, et la Kumbh Mela rassemble des dizaines de millions de pèlerins sur ses rives.
Le fleuve traverse l’une des régions les plus peuplées du monde et reçoit des eaux usées non traitées et des rejets industriels. L’État indien a lancé en 1986 un premier plan d’assainissement, suivi d’autres programmes, aux résultats jugés limités. L’anthropologue Kelly Alley a montré qu’à Varanasi beaucoup de prêtres et de pèlerins distinguent la saleté matérielle de l’impureté rituelle : Ganga peut être salie, disent-ils, mais elle ne peut perdre son pouvoir de purifier. Cette conviction ne recouvre pas le langage des ingénieurs et des écologistes, ce qui complique le dialogue. D’autres fidèles, parmi lesquels des responsables religieux, militent au contraire pour la dépollution au nom même de leur dévotion à la mère.