Ces dieux

Kali

Déesse noire du temps, de la destruction et de la délivrance

Origines

Kali est le féminin de kala, mot qui signifie à la fois « noir » et « temps ». Elle est la Déesse sous son aspect le plus terrible, celle qui détruit et qui dévore, mais que ses fidèles appellent Ma, « Mère ». Son nom apparaît d’abord dans la Mundaka Upanishad comme celui d’une des sept langues du feu sacrificiel. Elle entre pleinement dans la tradition avec le Devi Mahatmya, « la Gloire de la Déesse », section du Markandeya Purana composée vers le VIe siècle, qui est le texte fondateur du culte de la Déesse et se récite encore intégralement pendant Navaratri.

David Kinsley a montré qu’elle apparaît d’abord aux marges : sur les champs de bataille, dans les crématoires, parmi les populations tribales et les castes basses, avant de devenir, surtout au Bengale, une divinité centrale et pleinement respectable. Cette trajectoire des marges vers le centre explique la double image qu’elle conserve, effrayante pour qui la voit de loin, maternelle pour qui la connaît.

Attributs et symboles

Kali est noire ou bleu sombre, nue ou vêtue d’une ceinture de bras coupés, la chevelure défaite, la langue tirée, les yeux rouges. Elle porte un collier de crânes ou de têtes tranchées, souvent au nombre de cinquante, que ses fidèles lisent comme les lettres de l’alphabet sanskrit : elle porte donc tout le langage. De ses quatre mains, deux tiennent un sabre et une tête coupée ; les deux autres font les gestes qui rassurent et qui donnent. Elle se tient debout sur le corps de Shiva, couché, inerte ou souriant sous son pied.

Les fidèles disent que cette image montre la Shakti, l’énergie, sans laquelle Shiva n’est qu’un cadavre. Sa langue tirée est expliquée tantôt comme la soif de sang, tantôt comme la honte d’avoir posé le pied sur son époux. Alain Daniélou voit en elle la puissance du temps qui tout consume, et, pour cette raison même, celle qui libère de la peur de la mort.

Mythes principaux

Le Devi Mahatmya raconte sa naissance. Alors que la Déesse combattait les armées des démons Shumbha et Nishumbha, les généraux Chanda et Munda s’avancèrent contre elle. De colère, son visage noircit, et de son front jaillit Kali, émaciée, la bouche béante, qui dévora éléphants, chars et soldats, puis trancha la tête de Chanda et de Munda, ce qui lui vaut le nom de Chamunda. Vint ensuite Raktabija, un démon dont chaque goutte de sang tombée à terre engendrait un nouveau démon. Kali étendit sa langue, but son sang avant qu’il touche le sol et avala ses rejetons, jusqu’à ce qu’il fût vidé.

Un récit répandu, absent du Devi Mahatmya, explique pourquoi elle piétine Shiva : ivre de sa victoire, elle dansait au point de faire trembler les mondes ; Shiva se coucha sous ses pieds, et, l’apercevant, elle s’arrêta, saisie, la langue tirée. Les traditions tantriques du Bengale font d’elle la première des dix Mahavidya, les grandes sagesses, et la vénèrent dans les lieux de crémation.

Culte et postérité

Le Bengale est le cœur de son culte. À Calcutta, le temple de Kalighat, dont la ville tirerait son nom selon une étymologie répandue, reçoit chaque jour des milliers de fidèles et pratique encore le sacrifice de chèvres. À Dakshineswar, sur l’Hooghly, le mystique Ramakrishna fut son prêtre au XIXe siècle et la considérait comme la Mère de l’univers ; son disciple Vivekananda a porté cette vision jusqu’en Occident. Kali Puja se célèbre la nuit de la nouvelle lune de Diwali, quand le reste de l’Inde honore Lakshmi. Les chants de Ramprasad Sen, poète bengali du XVIIIe siècle, qui la tutoie comme un enfant sa mère, se chantent encore.

Elle est honorée aussi au Kerala, sous le nom de Bhadrakali, au Népal et au Gujarat. Au XIXe siècle, les récits coloniaux sur les Thugs, étrangleurs supposés lui être voués, ont donné d’elle en Occident une image de déesse du crime que les chercheurs jugent aujourd’hui déformée ; des courants féministes ont depuis fait d’elle une figure de puissance. Pour ses fidèles, elle reste celle qui tranche les illusions et que l’on prie sans peur.

Pour aller plus loin

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Sources

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