Kartikeya
Dieu de la guerre, fils de Shiva et chef des armées divines
Origines
Ce dieu porte beaucoup de noms parce qu’il a plusieurs histoires. Fred Clothey, qui lui a consacré l’étude de référence, distingue deux courants. Le premier est celui de Skanda, « l’assaillant », dieu guerrier des épopées sanskrites, appelé aussi Kumara, « le jeune prince », et Kartikeya, « fils des Krittika », les Pléiades. Sa faveur fut grande dans l’Inde du Nord au début de notre ère : des rois ont frappé monnaie à son effigie, et le poète Kalidasa lui doit le titre de son Kumarasambhava, « la naissance de Kumara ».
Le second courant est tamoul. La poésie ancienne du Sud célèbre Murugan, « le jeune », « le beau », dieu des collines, de la chasse et de l’amour, que l’on honorait par des danses de possession. Les deux figures se sont fondues au cours du premier millénaire. Depuis, le dieu a décliné dans le Nord, où il n’est plus guère que le frère de Ganesh, et il est devenu dans le Sud la divinité la plus aimée.
Attributs et symboles
Kartikeya est un adolescent d’une beauté éclatante, vêtu de rouge. Il tient la lance, le vel, arme que sa mère Parvati lui a remise et que les Tamouls vénèrent pour elle-même. Sa monture est le paon, son étendard porte un coq. On le représente souvent avec six visages et douze bras, d’où son nom de Shanmukha.
Dans le Nord, on le dit volontiers célibataire. Dans le Sud, il a deux épouses : Devasena, fille d’Indra, qu’il reçoit selon les règles après sa victoire, et Valli, fille d’une tribu de chasseurs, qu’il courtise déguisé. Clothey y lit l’union des deux héritages du dieu. Il est aussi un maître : un récit tamoul le montre enfant, enseignant à son père Shiva le sens de la syllabe Om.
Mythes principaux
Le démon Taraka ne peut être tué que par un fils de Shiva, et Shiva est un ascète sans descendance. Le Kumarasambhava raconte comment Parvati parvient à l’épouser. La naissance elle-même est indirecte : la semence de Shiva, trop brûlante, est portée par Agni, le feu, puis confiée au Gange, qui la dépose dans un fourré de roseaux. L’enfant y est trouvé par les six Krittika ; pour téter chacune de ses nourrices, il se donne six têtes. Le Mahabharata connaît une version plus ancienne, où il est fils d’Agni. À peine né, il est sacré général de l’armée des dieux et tue Taraka.
La tradition tamoule place au centre un autre combat, contre le démon Surapadma. Fendu en deux par la lance, celui-ci devient le paon et le coq du dieu : l’ennemi n’est pas détruit mais mis à son service.
Un récit très populaire l’oppose à son frère. Les parents promettent un fruit à celui qui fera le premier le tour du monde ; Kartikeya s’élance sur son paon, Ganesh se contente de faire le tour de Shiva et de Parvati, qui sont pour lui le monde entier, et gagne. Furieux, Kartikeya se retire sur la colline de Palani, où il demeure en ascète.
Culte et postérité
Le pays tamoul compte six sanctuaires majeurs de Murugan, ses « six demeures », parmi lesquels Palani, Tiruchendur, au bord de la mer, et Swamimalai. Les pèlerins y montent à pied, souvent le crâne rasé, en portant sur l’épaule le kavadi, un arceau décoré. Lors de Thaipusam, en janvier ou février, certains accomplissent leur vœu en se perçant les joues ou la langue d’une petite lance. Skanda Shashti, à l’automne, commémore en six jours de jeûne la victoire sur Surapadma.
Le culte a suivi l’émigration tamoule : Thaipusam rassemble des foules considérables aux grottes de Batu, en Malaisie, à Singapour, à l’île Maurice, à La Réunion. À Sri Lanka, le sanctuaire de Kataragama est fréquenté par les hindous comme par les bouddhistes. Au Bengale, on honore Kartik à l’automne, et son image figure auprès de Durga lors de sa grande fête. Clothey observe qu’au XXe siècle Murugan est devenu, au-delà de la dévotion, l’un des symboles de l’identité tamoule.