Parvati
Déesse de la montagne, épouse de Shiva et mère de Ganesh
Origines
Parvati est « celle de la montagne », fille d’Himavat, le dieu de l’Himalaya, et de Mena. Son nom d’Uma apparaît déjà dans la Kena Upanishad, où une femme lumineuse, Uma Haimavati, révèle à Indra la nature du brahman. Les épopées et le Shiva Purana en font la seconde épouse de Shiva, réincarnation de Sati, la fille de Daksha qui s’était donné la mort après l’humiliation infligée à son mari. Parvati naît donc pour reprendre une union interrompue et pour donner à Shiva un fils.
David Kinsley souligne sa fonction dans la tradition : elle attire l’ascète hors de sa méditation et le fait entrer dans le monde, dans le mariage, dans la paternité. Sans elle, Shiva demeure retiré et le monde reste stérile. Pour les shaktas, ceux qui vénèrent la Déesse, Parvati est la Shakti même, l’énergie de Shiva sans laquelle il ne peut rien, et les autres déesses, Durga, Kali, sont ses formes.
Attributs et symboles
Parvati est représentée comme une femme belle et paisible, souvent à deux bras, vêtue de rouge ou de vert, tenant un lotus ou un miroir. Aux côtés de Shiva, elle forme le couple divin dont le fils Ganesh et le fils Skanda complètent la famille, image domestique que l’on retrouve sur d’innombrables estampes. Dans l’Ardhanarishvara, elle est la moitié gauche d’un corps unique dont Shiva est la moitié droite. Comme Gauri, « la claire », elle est la jeune mariée ; comme Durga, elle monte un lion et porte des armes. Les fidèles disent que la douceur de Parvati et la fureur de Kali sont deux visages de la même mère.
Alain Daniélou la présente comme la « puissance » de Shiva rendue visible ; le linga est d’ailleurs presque toujours posé dans une yoni qui la représente, de sorte que tout culte de Shiva l’inclut.
Mythes principaux
Le récit de sa conquête de Shiva est l’un des plus célèbres de la tradition, mis en vers au Ve siècle par Kalidasa dans le Kumarasambhava. Le démon Taraka ne pouvait être tué que par un fils de Shiva, mais Shiva, veuf de Sati, méditait sans fin. Les dieux envoyèrent Kama, le désir, décocher sa flèche au moment où Parvati s’approchait ; Shiva ouvrit son troisième œil et réduisit Kama en cendres. Parvati comprit que la beauté ne suffirait pas. Elle se retira dans la forêt et pratiqua une ascèse extrême, debout dans le froid, sans manger, jusqu’à ce que Shiva, déguisé en jeune brahmane, vienne l’éprouver en médisant de lui-même. Elle le défendit avec tant de fermeté qu’il se révéla et l’épousa. De cette union naquit Skanda, qui tua Taraka.
Le Shiva Purana raconte aussi la naissance de Ganesh : Parvati le façonna d’une pâte tirée de son propre corps pour garder sa porte, Shiva, à qui l’enfant refusait l’entrée, lui trancha la tête, et la remplaça par celle d’un éléphant pour consoler la mère. On raconte enfin leurs parties de dés, leurs querelles et leurs réconciliations, où Parvati tient tête au dieu comme une épouse à son égal.
Culte et postérité
Parvati est honorée dans tous les temples de Shiva, où elle a en général son sanctuaire à côté du sien, et sous ses noms locaux : Minakshi à Madurai, dont le temple est l’un des plus grands du Sud, Kamakshi à Kanchipuram, Annapurna à Varanasi, la déesse qui nourrit. Les fêtes de Teej, en Inde du Nord et au Népal, pendant la mousson, réunissent les femmes qui jeûnent et chantent pour obtenir un mari ou pour la longue vie du leur ; Gangaur, au Rajasthan, et la Gauri-puja du Maharashtra célèbrent la même figure de l’épouse.
Kinsley note que Parvati est le modèle du mariage tel que la tradition le conçoit : union d’une femme forte et d’un dieu qu’elle a choisi, gagné et tenu. Son image de mère de famille divine, entourée de Shiva, de Ganesh et de Skanda, est probablement l’une des plus reproduites de l’Inde contemporaine.