Rama
Prince d’Ayodhya, avatar de Vishnou et roi idéal
Origines
Rama est le héros du Ramayana, l’épopée sanskrite attribuée au poète Valmiki, dont les chercheurs étalent la composition sur plusieurs siècles, de part et d’autre du début de notre ère. Il est le fils aîné de Dasharatha, roi d’Ayodhya, au pays de Kosala, et de la reine Kausalya. Dans les livres centraux du poème, il apparaît surtout comme un prince humain, exemplaire par sa droiture ; le premier et le dernier livre, que beaucoup de philologues jugent plus tardifs, le présentent comme Vishnou descendu sur terre pour abattre Ravana, que seul un homme pouvait tuer.
Les listes classiques en font le septième avatar de Vishnou. Pour ses fidèles, et tout particulièrement depuis le Ramcharitmanas de Tulsidas, composé au XVIe siècle, Rama est le Seigneur lui-même.
Attributs et symboles
Rama est représenté comme un jeune prince au teint bleu sombre, l’arc à la main et le carquois à l’épaule. L’image la plus répandue, le Ram darbar, le montre couronné, Sita à sa gauche, son frère Lakshmana à ses côtés et Hanuman agenouillé à ses pieds. On l’appelle Maryada Purushottama, « le meilleur des hommes, celui qui respecte les limites » : fils obéissant, frère loyal, roi soumis au dharma avant de l’être à ses propres désirs.
Son nom est à lui seul un objet de dévotion. On le répète comme un mantra, on se salue en Inde du Nord d’un « Ram Ram » ou d’un « Jai Siya Ram ». Le Ramrajya, le règne de Rama, désigne un gouvernement juste.
Mythes principaux
À la cour du roi Janaka, Rama bande et brise l’arc de Shiva que nul ne pouvait soulever, et obtient la main de Sita. À la veille de son sacre, la reine Kaikeyi exige de Dasharatha, lié par une promesse ancienne, que son propre fils Bharata règne et que Rama soit exilé quatorze ans. Rama part sans protester pour que la parole de son père soit tenue ; Sita et Lakshmana le suivent. Bharata refuse le trône et y pose les sandales de son frère.
Dans la forêt, Ravana, roi de Lanka aux dix têtes, éloigne les deux frères par la ruse d’une gazelle d’or et enlève Sita. Rama s’allie au roi des singes Sugriva, dont il tue le frère rival, Vali, d’une flèche tirée à couvert. Hanuman retrouve Sita, l’armée des singes jette un pont sur la mer, et Rama tue Ravana au terme d’une longue bataille. Il rentre à Ayodhya et y est sacré.
Le dernier livre est plus sombre : cédant à la rumeur qui court parmi ses sujets, Rama fait éloigner Sita, alors enceinte. Ses fils Lava et Kusha naissent dans l’ermitage de Valmiki. À la fin de son règne, Rama entre dans les eaux de la rivière Sarayu et reprend sa forme divine.
Culte et postérité
Rama Navami, au printemps, célèbre sa naissance. À l’automne, les Ramlila rejouent son histoire en plein air pendant plusieurs soirs, jusqu’à Dussehra, où l’on brûle l’effigie de Ravana ; en Inde du Nord, Diwali commémore son retour à Ayodhya. Le Ramcharitmanas de Tulsidas, en langue awadhi, est récité et chanté dans d’innombrables foyers.
Le volume dirigé par Paula Richman rappelle qu’il n’existe pas un Ramayana mais une multitude : version tamoule de Kamban, récits jaïns et bouddhiques, versions thaïe ou javanaise, chants de femmes, et aussi relectures critiques, notamment dans le Sud tamoul, où l’on a pris le parti de Ravana.
Rama est également au centre d’un débat politique. Beaucoup de fidèles tiennent un site d’Ayodhya pour son lieu de naissance ; une mosquée du XVIe siècle, la Babri Masjid, s’y élevait. Elle a été détruite le 6 décembre 1992 par des militants nationalistes hindous, et des émeutes meurtrières ont suivi. En novembre 2019, la Cour suprême de l’Inde a attribué le terrain à une fondation chargée d’y bâtir un temple et ordonné qu’un autre terrain soit donné pour une mosquée. Le temple a été inauguré le 22 janvier 2024 en présence du premier ministre. La figure de Rama reste ainsi liée au débat indien sur la place de la religion dans la vie publique.