Shiva
Dieu ascète et destructeur, seigneur de la danse et du yoga
Origines
Le Rig-Veda connaît Rudra, « le hurleur », dieu redoutable des tempêtes et des maladies, que l’on prie surtout d’épargner. L’adjectif shiva, « bienveillant », qu’on lui applique pour l’amadouer, est devenu son nom. La Shvetashvatara Upanishad fait de Rudra-Shiva le dieu unique et suprême, et les épopées puis le Shiva Purana lui donnent son visage complet : ascète du mont Kailash, époux de Parvati, père de Ganesh et de Skanda, destructeur des mondes à la fin de chaque cycle.
Certains chercheurs ont rapproché de lui un sceau de la civilisation de l’Indus, vieux de plus de quatre mille ans, montrant un personnage cornu assis en posture de yoga entouré d’animaux ; cette identification reste discutée. Ce qui est sûr, c’est que Shiva réunit des traits contradictoires : Wendy Doniger a montré qu’il est à la fois l’ascète qui renonce au monde et l’époux dont l’union avec la Déesse fait vivre le monde. Cette tension, loin d’être une incohérence, est au cœur de ce que les fidèles vénèrent en lui.
Attributs et symboles
Shiva est le plus souvent honoré sous la forme du linga, une pierre dressée dans un socle circulaire, la yoni, qui représente l’union du principe masculin et du principe féminin et la source de toute existence. Quand il est figuré, il porte les cheveux nattés des ascètes, d’où jaillit la Ganga, le fleuve qu’il a reçu sur sa tête pour amortir sa chute du ciel. Un croissant de lune orne sa chevelure, un serpent son cou, et son corps est couvert de cendres. Son troisième œil, au milieu du front, réduit en cendres ce qu’il regarde. Sa gorge est bleue depuis qu’il a bu le poison surgi du barattage de l’océan pour sauver les dieux. Il tient le trident et le tambour damaru dont le rythme engendre le temps. Sa monture est le taureau Nandi, dont la statue fait face à l’entrée de ses temples.
Comme Nataraja, « roi de la danse », il danse dans un cercle de flammes sur le corps du nain de l’ignorance : cette image, fixée par les bronzes du Tamil Nadu, condense la création, la conservation et la destruction. Comme Ardhanarishvara, il est mi-homme, mi-femme, un seul corps partagé avec Parvati.
Mythes principaux
Le Shiva Purana raconte le sacrifice de Daksha : ce roi n’invita pas Shiva, son gendre, et Sati, l’épouse de Shiva, s’y donna la mort par humiliation. Shiva, fou de douleur, détruisit le sacrifice, puis erra en portant le corps de Sati, que Vishnou découpa pour l’apaiser. Les lieux où tombèrent ses membres sont devenus des sanctuaires. Sati renaquit comme Parvati, fille de la montagne, et reconquit Shiva par l’ascèse.
Quand les dieux envoyèrent Kama, le désir, troubler la méditation de Shiva pour qu’il engendre le fils capable de vaincre le démon Taraka, Shiva ouvrit son troisième œil et réduisit Kama en cendres. Il détruisit aussi d’une seule flèche les trois cités volantes des démons, ce qui lui vaut le nom de Tripurantaka. Ces récits disent la puissance d’un dieu qui, une fois réveillé, ne connaît pas la demi-mesure.
Culte et postérité
Les shivaïtes forment la deuxième grande famille de l’hindouisme. Douze temples abritent ses jyotirlinga, les linga de lumière, de Somnath au Gujarat à Kedarnath dans l’Himalaya ; Varanasi, sa ville, est le lieu où l’on souhaite mourir pour être délivré. Maha Shivaratri, la grande nuit de Shiva, se passe en veille, en jeûne et en ablutions du linga avec du lait, du miel et des feuilles de bilva. Les ascètes qui lui sont voués, cendres au corps, dominent les rassemblements de la Kumbh Mela. Le lundi est son jour.
Ses écoles vont du Shaiva Siddhanta tamoul au shivaïsme du Cachemire, et les Lingayat du Karnataka, fondés par Basava au XIIe siècle, portent un linga sur eux. Alain Daniélou, initié shivaïte, a fait connaître en France un Shiva qui est le dieu du yoga, de la musique et du temps. Hors de l’Inde, Shiva est honoré au Népal, à Bali, et jusqu’au Cambodge, où plusieurs des grands temples d’Angkor lui furent dédiés.