Ces dieux

Sita

Fille de la Terre, épouse de Rama, héroïne du Ramayana

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Origines

Sita signifie « sillon ». David Kinsley rappelle qu’avant le Ramayana, des textes védiques connaissent une Sita, puissance du champ labouré, que l’on invoque pour de bonnes récoltes et que l’on associe aux dieux de la pluie. L’héroïne de l’épopée garde la marque de cette origine : le roi Janaka de Videha la découvre dans la terre en traçant un sillon rituel, et l’élève comme sa fille. Elle n’est pas née d’une femme, et ses noms le disent : Bhumija, « née de la Terre », Janaki, « fille de Janaka ».

Pour la tradition vishnouite, elle est Lakshmi descendue sur terre pour accompagner Vishnou devenu Rama.

Attributs et symboles

Sita est presque toujours représentée auprès de Rama, à sa gauche, vêtue en princesse, un lotus à la main, ou bien seule et amaigrie sous les arbres du bosquet d’ashoka où Ravana la retient. Elle n’a pas d’arme ni de monture. Kinsley voit en elle le modèle féminin le plus influent de la tradition hindoue : la pativrata, l’épouse dont la fidélité est une force et dont on cite l’exemple aux jeunes mariées. Les fidèles saluent le couple d’un seul souffle, « Sita Ram » ou « Siya Ram », en nommant l’épouse la première.

Mythes principaux

Rama obtient sa main en brisant l’arc de Shiva. Quand il est exilé, il veut la laisser au palais ; elle refuse avec vigueur, soutient que la place d’une épouse est auprès de son mari et le suit dans la forêt. Ravana, roi de Lanka, l’enlève en se présentant déguisé en ascète. Captive, elle repousse ses avances et ses menaces pendant des mois. Lorsque Hanuman la retrouve et propose de l’emporter, elle décline : c’est à Rama de venir la délivrer.

Après la victoire, Rama déclare qu’il a combattu pour son honneur et qu’ayant vécu chez un autre homme, elle est libre d’aller où elle veut. Sita lui reproche de parler comme un homme ordinaire, fait dresser un bûcher et y entre. Agni, le feu, la rapporte indemne et atteste sa pureté ; Rama dit qu’il n’en doutait pas, mais qu’il fallait une preuve aux yeux du monde.

Le dernier livre rouvre la blessure. La rumeur court à Ayodhya, et Rama fait conduire Sita, enceinte, dans la forêt. Recueillie par le sage Valmiki, elle y élève seule ses jumeaux, Lava et Kusha. Des années plus tard, Rama lui demande un nouveau serment public. Elle prie la Terre, sa mère, de la recevoir si elle n’a jamais pensé qu’à Rama : le sol s’ouvre, un trône en surgit, et elle disparaît.

Les versions ultérieures ont souvent adouci l’épreuve. Chez Tulsidas, la vraie Sita est mise à l’abri dans le feu avant l’enlèvement, et Ravana n’emporte qu’une ombre ; le bûcher ne fait que rendre l’épouse véritable. Le volume dirigé par Paula Richman présente d’autres récits encore : des versions où Sita est la fille de Ravana, et des chants de femmes en télougou qui racontent l’histoire de son point de vue.

Culte et postérité

Sita est honorée dans tous les temples de Rama. À Janakpur, au Népal, que la tradition identifie à la capitale de Janaka, un grand temple lui est dédié, et l’on y célèbre chaque année son mariage lors de Vivaha Panchami. Sitamarhi, au Bihar, est vénérée comme le lieu de sa naissance, fêtée au printemps lors de Sita Navami.

Sa figure fait aujourd’hui l’objet de lectures divergentes. Des critiques féministes voient dans l’épreuve du feu et dans le bannissement l’expression d’un soupçon qui pèse sur les femmes et un idéal de soumission. D’autres lectrices, y compris parmi les dévotes, soulignent ce que le texte de Valmiki dit aussi : Sita tient tête à Rama, élève seule ses fils, et, à la fin, ne revient pas vers lui. Elle choisit la Terre. Les chants de femmes étudiés dans le volume de Richman montrent que cette lecture, attentive à ses épreuves, est ancienne dans la tradition elle-même.

Pour aller plus loin

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Sources

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