Varuna
Souverain védique de l’ordre cosmique, devenu dieu des eaux
Origines
Varuna est l’un des grands dieux du Rig-Veda, bien que peu d’hymnes lui soient adressés à lui seul. Il est le premier des Aditya, fils d’Aditi, et porte le titre de samraj, « roi universel ». Sa charge est de veiller sur le rita, l’ordre qui règle à la fois le cours des astres, le retour des saisons et la vérité de la parole donnée. Il est presque toujours associé à Mitra, dont le nom signifie « contrat », et tous deux figurent, avec Indra, dans un traité du XIVe siècle avant notre ère conclu par un roi du Mitanni.
Georges Dumézil a fait de ce couple l’exemple même de la souveraineté à deux faces chez les peuples indo-européens : Mitra en est l’aspect clair, juridique, proche des hommes ; Varuna, l’aspect lointain, magique et redoutable. L’ancien rapprochement de son nom avec celui de l’Ouranos grec n’est plus retenu par la plupart des linguistes.
Attributs et symboles
Le Varuna védique n’a guère de figure. Les poètes disent que le soleil est son œil, que les étoiles sont ses guetteurs et qu’il possède la maya, le pouvoir de donner forme aux choses. Son arme est le lien : il attache le fautif, et la maladie qu’il envoie est l’hydropisie, qui emplit le corps d’eau. Un hymne de l’Atharva-Veda affirme que lorsque deux hommes s’assoient pour comploter, le roi Varuna est là en troisième, et qu’il a compté jusqu’aux battements de paupières des hommes.
L’iconographie classique le montre au contraire comme un roi paisible, au teint clair, tenant le lacet et un vase, abrité par un parasol et monté sur le makara, animal aquatique composite. Il garde l’Ouest, où le soleil plonge dans la mer.
Mythes principaux
Les hymnes que le poète Vasishtha lui adresse au septième livre du Rig-Veda ont un ton rare dans le recueil : celui de l’aveu. L’homme s’y demande quelle faute il a commise, invoque l’ivresse, la colère, l’inadvertance, et supplie le dieu de le délier « comme on détache un veau ». Stephanie Jamison et Joel Brereton y relèvent une relation personnelle, inquiète, très différente de l’éloge adressé à Indra.
L’Aitareya Brahmana raconte l’histoire de Shunahshepa. Le roi Harishchandra, sans héritier, promet à Varuna de lui sacrifier le fils qu’il obtiendrait. L’enfant naît, le roi diffère d’année en année, et le dieu le frappe d’hydropisie. Le prince achète alors à un brahmane pauvre son fils Shunahshepa pour servir de substitut. Lié au poteau, le jeune homme récite des strophes aux dieux ; ses liens tombent un à un et le roi guérit.
Dans le Mahabharata, Varuna est déjà le maître des eaux. Il habite un palais sous-marin, règne sur les serpents nagas et sur les fleuves, et c’est de lui qu’Agni obtient l’arc Gandiva remis au héros Arjuna.
Culte et postérité
L’évolution de Varuna est l’une des plus nettes du panthéon. Souverain du ciel et juge des consciences dans le Veda, il est déjà lié aux eaux dans les hymnes ; à mesure qu’Indra, puis Vishnou et Shiva occupent le premier rang, il ne conserve que ce domaine. Dans l’hindouisme classique, il est le seigneur de l’océan et l’un des huit gardiens des directions, et ses fonctions morales sont passées à Yama et au dharma.
Il n’a presque pas de temples, mais il reste invoqué. Les rites védiques le nomment toujours, et l’on appelle sa présence dans l’eau du vase que l’on consacre au début de nombreuses cérémonies. En période de sécheresse, des temples du sud de l’Inde organisent des récitations et des offrandes à Varuna pour obtenir la pluie. Sur la côte du Maharashtra, à la pleine lune qui marque la fin de la mousson, les pêcheurs jettent des noix de coco à la mer en son honneur avant de reprendre le large. Les hindous sindhis, enfin, tiennent leur saint protecteur Jhulelal pour une forme de Varuna.