Ces dieux

Yama

Premier mortel devenu roi des morts et juge des âmes

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Origines

Dans le Rig-Veda, Yama n’est pas d’abord un dieu de la mort : il est le premier des mortels à être mort. Fils de Vivasvat, le soleil, il a « découvert le chemin » que tous suivront après lui, et il règne depuis sur les Pères, les ancêtres, dans un séjour lumineux où les défunts festoient à ses côtés. Deux chiens à quatre yeux gardent la route qui y mène.

Son nom signifie « jumeau ». Un hymne dialogué le met face à sa sœur Yami, qui le presse de s’unir à elle pour donner une descendance aux hommes ; il refuse, au nom de la loi des dieux. Les linguistes rapprochent Yama du Yima de l’Avesta iranien, fils de Vivahvant et premier roi. Charles Malamoud a consacré à ce « jumeau solaire » un livre qui montre comment l’Inde ancienne a pensé à travers lui la condition mortelle, la dette et la succession des générations.

Attributs et symboles

L’hindouisme classique lui donne un tout autre visage. Yama a le teint sombre, des vêtements rouges, et monte un buffle noir. Il tient le bâton du châtiment, danda, et le lacet, pasha, avec lequel il tire le souffle hors du corps. Il réside au sud, direction dont il est le gardien et qui est celle des morts. Ses messagers, les yamaduta, viennent chercher les mourants ; son scribe, Chitragupta, tient le registre des actes de chacun.

On l’appelle Dharmaraja, « roi du dharma », parce qu’il juge sans faveur. Il est aussi Kala, le Temps. Selon les Puranas, il envoie les morts, d’après leurs actes, vers des séjours heureux ou vers des enfers, étapes temporaires avant une nouvelle naissance.

Mythes principaux

La Katha Upanishad fait de lui un maître. Le jeune Nachiketas, voué à la mort par un mot de colère de son père, arrive chez Yama en son absence et attend trois nuits sans être reçu. Pour réparer ce manquement à l’hospitalité, Yama lui accorde trois vœux. Le troisième est une question : que devient l’homme après la mort ? Yama tente de se dérober, offre richesses, longue vie et royaumes ; l’enfant tient bon, et le dieu lui enseigne que le soi, l’atman, ne naît ni ne meurt.

Le Mahabharata raconte l’histoire de la princesse Savitri. Elle a épousé Satyavan en sachant qu’il mourrait dans l’année. Le jour venu, Yama en personne vient lier l’âme du jeune homme et l’emporte vers le sud ; Savitri le suit et lui parle avec tant de justesse qu’il lui accorde vœu après vœu, jusqu’à lui rendre son mari. La même épopée fait de Yama, sous le nom de Dharma, le père de Yudhishthira, l’aîné des Pandava, qu’il met à l’épreuve à plusieurs reprises, notamment sous l’apparence d’un chien fidèle. Les Puranas shivaïtes rapportent enfin que Shiva le repoussa d’un coup de pied pour sauver son jeune dévot Markandeya.

Culte et postérité

Entre le Veda et l’hindouisme d’aujourd’hui, Yama est passé du rang d’ancêtre bienveillant à celui de juge redouté, et la doctrine du karma et des renaissances a fait de son royaume un lieu de passage plutôt qu’une demeure définitive. Il n’a que très peu de temples, et l’on évite de prononcer son nom à la légère.

Il est pourtant présent dans le calendrier. À la veille de Diwali, on allume pour lui une lampe tournée vers le sud, afin d’écarter la mort prématurée. Deux jours après Diwali, Yama Dvitiya, appelée aussi Bhai Dooj, rappelle la visite de Yama à sa sœur, devenue la rivière Yamuna : les sœurs reçoivent leurs frères et prient pour leur longue vie. Au Népal, la fête de Tihar honore tour à tour le corbeau et le chien, ses messagers. Les rites funéraires et les offrandes aux ancêtres l’invoquent toujours.

Le bouddhisme l’a emporté à travers l’Asie : il est Yanluo en Chine, Enma au Japon, et, au Tibet, la figure qui tient entre ses griffes la roue des existences.

Pour aller plus loin

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Sources

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