Khnoum
Dieu bélier de la cataracte, potier des êtres vivants
Origines
Khnoum est un dieu bélier attesté dès les premières dynasties. Le nom complet de Khéops, le bâtisseur de la grande pyramide, est Khnoum-Khoufou, « Khnoum me protège ». Son principal sanctuaire est l’île d’Éléphantine, face à Assouan, au pied de la première cataracte. Les Égyptiens situaient là les cavernes d’où jaillissait la crue du Nil, et Khnoum en était le gardien. Il y forme une triade avec deux déesses de la région, Satis et Anoukis.
Il est aussi le maître d’Esna, en Haute-Égypte, où il est honoré avec Neith, et il possède d’autres lieux de culte en Moyenne-Égypte, où la déesse grenouille Héqet lui est associée.
Attributs et symboles
Khnoum est un homme à tête de bélier, ou un bélier entier. L’animal est d’une espèce ancienne à longues cornes horizontales et torsadées, différente du bélier à cornes recourbées d’Amon ; à l’époque tardive, les deux paires de cornes sont parfois réunies sur la même tête. Le dieu porte souvent une couronne à hautes plumes et tient le sceptre ouas. Son instrument est le tour de potier, devant lequel il est assis, modelant une figure humaine. La cruche d’où coule l’eau sert à écrire son nom.
Champollion a relevé sur les monuments la tête de bélier et les chairs vertes ou bleues du dieu, qu’il lisait « Nef » ou « Noum », ainsi que les inscriptions qui le font présider à l’inondation.
Mythes principaux
Khnoum est le dieu qui façonne. Dans les scènes de naissance divine de Deir el-Bahari et de Louqsor, il modèle sur son tour le corps du futur roi et, à côté, son ka, sa force vitale. Le papyrus Westcar, conte du Moyen Empire, le montre accompagnant Isis, Nephthys, Meskhenet et Héqet auprès d’une femme qui met au monde trois futurs rois ; il donne la vigueur au corps de chaque enfant. Erik Hornung range cette création par le modelage, matérielle et individuelle, à côté des autres récits égyptiens, qui ne s’excluent pas.
Les textes du temple d’Esna, étudiés par Serge Sauneron, étendent ce rôle à l’univers : Khnoum y façonne les dieux, les hommes, les animaux et les plantes, et une fête célébrait l’installation du tour de potier, confié au ventre des femmes pour que la création continue.
La stèle de la Famine, gravée sur un rocher de l’île de Sehel sous les Ptolémées, se présente comme un décret du roi Djéser, de la IIIe dynastie. Le Nil n’ayant pas monté pendant sept ans, le roi interroge Imhotep, apprend que la crue dépend de Khnoum, voit le dieu en songe et lui donne les revenus de la région. Les égyptologues y voient un texte composé tardivement, sans doute pour appuyer les droits du temple.
Culte et postérité
À Éléphantine, les béliers sacrés de Khnoum étaient momifiés et enterrés dans des sarcophages de pierre. Le temple d’Esna, dont la salle à colonnes date de l’époque romaine, porte certains des derniers grands textes hiéroglyphiques. Les Grecs ont transcrit le nom du dieu Chnoubis ou Chnoumis ; contrairement à d’autres, ils ne lui ont pas donné d’équivalent stable dans leur panthéon.
Champollion voyait en lui une simple forme d’Amon et, sur la foi d’auteurs grecs tardifs, l’« âme du monde », figurée par un serpent appelé « bon génie ». Cette construction est abandonnée : Khnoum est un dieu distinct, et le serpent Chnoubis des pierres gravées d’époque romaine n’a avec lui qu’un lien de nom, encore discuté.