Ces dieux

Maât

Déesse de l’ordre, de la vérité et de la justice

Origines

Maât est moins une divinité dotée de récits qu’un principe personnifié. Le mot maât désigne l’ordre juste du monde, celui que le créateur a établi au commencement et que le roi, les dieux et les hommes doivent maintenir contre l’isfet, le désordre, le mensonge et la violence. Il se traduit selon les contextes par « vérité », « justice », « ordre » ou « harmonie », et aucun de ces mots ne suffit. La déesse Maât, fille de Rê, est la figure de ce principe. Elle est attestée dès l’Ancien Empire, où les vizirs portent le titre de « prêtre de Maât ».

Jan Assmann, dans Maât, l’Égypte pharaonique et l’idée de justice sociale, a montré que cette notion est le cœur de la pensée égyptienne : elle relie la cosmologie, la morale et la politique. Les dieux « vivent de Maât », et le roi a pour mission première de « faire régner Maât » et de chasser l’isfet.

Attributs et symboles

Maât est une femme assise ou debout, portant sur la tête une plume d’autruche, qui est aussi le hiéroglyphe de son nom. Elle est parfois représentée avec des ailes. La plume seule suffit à la désigner : c’est elle que l’on place sur le plateau de la balance. Le socle rectangulaire sur lequel s’élèvent les trônes des dieux a la forme du signe maât, comme si tout ce qui est stable reposait sur elle. Selon Diodore de Sicile, le juge suprême portait au cou une image de la Vérité, que l’on reconnaît généralement comme une figure de Maât.

Mythes principaux

Maât n’a pas de mythe propre, mais elle est présente dans tous. Au commencement, le créateur, en organisant le monde, a instauré Maât ; chaque matin, en vainquant Apophis, la barque de Rê la rétablit. Dans le procès d’Horus et de Seth, la question posée au tribunal des dieux est justement de décider selon Maât.

Son rôle le plus célèbre est celui du jugement des morts, décrit au chapitre 125 du Livre des morts. Le défunt entre dans la « salle des deux Maât » et prononce la confession négative, une liste de fautes qu’il affirme n’avoir pas commises : il n’a pas tué, pas volé, pas faussé la balance, pas fait pleurer. Son cœur, siège de la conscience, est alors pesé contre la plume de Maât. S’il est plus lourd, la Dévoreuse, monstre à tête de crocodile, l’engloutit ; s’il est en équilibre, le défunt est déclaré « juste de voix » et admis auprès d’Osiris. Le Conte du paysan éloquent, au Moyen Empire, montre la même exigence appliquée aux vivants : un paysan dépouillé réclame justice à un haut fonctionnaire en des discours qui sont un éloge de Maât.

Culte et postérité

Maât avait peu de temples : on en connaît un dans l’enceinte de Montou à Karnak. Son culte principal est un geste : le roi, sur les murs des temples, présente aux dieux une petite figure de Maât accroupie, offrande qui résume toutes les autres, car offrir Maât, c’est offrir l’ordre du monde lui-même. Cette scène se répète du Nouvel Empire à l’époque romaine.

L’idée de Maât a survécu à sa déesse. Assmann souligne sa parenté avec la justice sociale et la solidarité qui apparaissent dans la littérature de sagesse égyptienne, et les historiens des religions la comparent, sans les confondre, à d’autres notions d’ordre cosmique comme le rita védique. Dans le monde contemporain, Maât est devenue pour beaucoup le symbole d’une justice fondée sur l’équilibre plutôt que sur la vengeance.

Pour aller plus loin

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Sources

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