Nephthys
Sœur d’Isis, pleureuse et gardienne des morts
Origines
Nephthys est la forme grecque de l’égyptien Nebet-Hout, « la dame de la demeure », où la « demeure » désigne un édifice clos, temple ou palais. Elle appartient à l’Ennéade d’Héliopolis : elle est la dernière des quatre enfants du dieu de la terre, Geb, et de la déesse du ciel, Nout, après Osiris, Isis et Seth. La tradition lui donne Seth pour époux, comme Isis est l’épouse d’Osiris.
On ne lui connaît ni ville d’origine ni caractère propre avant son entrée dans ce groupe. Elle apparaît dès les Textes des pyramides, presque toujours à côté d’Isis, dont elle est le double et le complément.
Attributs et symboles
Nephthys est représentée comme une femme qui porte sur la tête les deux signes servant à écrire son nom : le plan d’un enclos, surmonté d’une corbeille. Rien d’autre ne la distingue de sa sœur, et les deux déesses se font pendant dans presque toutes les scènes. Elles prennent ensemble la forme de deux milans, rapaces au cri plaintif ; les deux pleureuses qui accompagnaient les funérailles portaient d’ailleurs le nom de « milans ». Elles étendent aussi de longues ailes autour du défunt.
Sur les sarcophages, Nephthys se tient à la tête du mort et Isis à ses pieds. Avec Neith et Selkis, les deux sœurs gardent les vases canopes ; Nephthys y protège Hâpy, le génie chargé des poumons.
Mythes principaux
Dans les textes égyptiens, Nephthys ne suit pas son époux : après le meurtre d’Osiris par Seth, elle se range du côté d’Isis. Les Textes des pyramides montrent les deux sœurs cherchant le corps, le trouvant, le pleurant et le protégeant. Les Lamentations d’Isis et de Nephthys, conservées sur un papyrus d’époque ptolémaïque, donnent les paroles que deux prêtresses, jouant le rôle des déesses, chantaient pour appeler le dieu à revenir. Dans le monde solaire, les deux sœurs accompagnent de même la barque de Rê et saluent son lever.
Nephthys aide aussi aux naissances. Dans le papyrus Westcar, elle se tient derrière la mère tandis qu’Isis se place devant elle, pour mettre au monde les trois premiers rois de la Ve dynastie.
Plutarque, au début du IIe siècle de notre ère, ajoute des éléments qu’on ne lit pas tels quels dans les sources égyptiennes anciennes. Selon lui, Nephthys naît le dernier des cinq jours ajoutés à l’année ; elle s’unit à Osiris, qui la prend pour Isis, et met au monde Anubis, qu’elle abandonne par crainte de Typhon, c’est-à-dire Seth ; Isis recueille l’enfant et l’élève. Des textes égyptiens tardifs font eux aussi d’Anubis son fils. Plutarque propose enfin une lecture allégorique : Nephthys serait la lisière stérile du pays, que le Nil n’atteint que lors des plus fortes crues.
Culte et postérité
Nephthys n’a pas eu de grand temple comparable à ceux d’Isis ; elle était honorée dans les sanctuaires d’autres dieux, et les lieux de culte qui lui sont propres ne sont attestés qu’à partir du Nouvel Empire. Sa présence est en revanche constante dans le domaine funéraire : cercueils, coffres à canopes, papyrus et amulettes la figurent des milliers de fois, et le défunt, assimilé à Osiris, compte sur ses lamentations comme sur sa protection.
Erik Hornung souligne que les dieux égyptiens ne se réduisent pas à une fonction ; Nephthys en offre un exemple, elle qui est l’épouse du meurtrier et la gardienne de la victime. Les Grecs ne lui ont pas trouvé d’équivalent stable : Plutarque signale seulement que certains l’appelaient Aphrodite, d’autres Victoire. Son culte n’a pas suivi celui d’Isis hors d’Égypte, et elle est restée dans la mémoire moderne la sœur discrète, dont le nom n’est jamais cité seul.