Rê
Dieu du soleil et créateur, souverain des dieux
Origines
Rê, dont le nom signifie simplement « soleil », est le dieu solaire par excellence. Son centre est Héliopolis, Iounou en égyptien, aujourd’hui dans la banlieue nord-est du Caire, où les prêtres ont élaboré une théologie dans laquelle le créateur Atoum, sorti des eaux primordiales du Noun, se confond avec le soleil. De lui naissent Shou et Tefnout, l’air et l’humidité, puis Geb et Nout, la terre et le ciel, et enfin Osiris, Isis, Seth et Nephthys : c’est la Grande Ennéade d’Héliopolis.
Le culte solaire s’impose comme religion d’État à l’Ancien Empire. Les rois de la IVe dynastie adoptent le titre de « fils de Rê », qui restera dans la titulature royale jusqu’à la fin de l’histoire pharaonique, et ceux de la Ve dynastie bâtissent des temples solaires à ciel ouvert près d’Abousir. Les Textes des pyramides, gravés à partir du règne d’Ounas vers 2350 avant notre ère, montrent le roi défunt rejoindre Rê dans sa barque.
Attributs et symboles
Rê est le plus souvent représenté comme un homme à tête de faucon coiffé du disque solaire entouré de l’uræus, le cobra dressé. Sous cette forme, il est Rê-Horakhty, « Rê-Horus de l’horizon ». Le soleil change de nom selon l’heure : Khépri, le scarabée qui pousse le disque à l’aube ; Rê à midi ; Atoum, le vieillard, au couchant. L’obélisque et la pierre benben d’Héliopolis, sur laquelle la lumière s’est posée la première fois, sont ses monuments.
Il voyage en barque : la barque du jour traverse le ciel, la barque de la nuit descend dans la Douat, le monde inférieur, où le dieu vieilli se régénère. Erik Hornung souligne que cette union nocturne de Rê et d’Osiris, où le soleil rejoint le corps du dieu des morts pour renaître, est un des grands thèmes des livres funéraires royaux du Nouvel Empire, comme l’Amdouat et la Litanie de Rê.
Mythes principaux
Le Livre de la Vache du Ciel, gravé dans plusieurs tombes royales du Nouvel Empire, raconte que Rê, devenu vieux, apprend que les hommes complotent contre lui. Il envoie son Œil, sous la forme de la déesse Hathor devenue la lionne Sekhmet, les massacrer. Pris de pitié, il fait répandre de la bière teinte en rouge ; la déesse la boit, croyant que c’est du sang, et s’endort ivre. Rê se retire ensuite au ciel sur le dos de la vache Nout, mettant fin à l’âge où les dieux vivaient parmi les hommes.
Un papyrus magique conservé à Turin raconte comment Isis, voulant connaître le nom secret de Rê, fabrique un serpent avec la salive du dieu et de la terre ; mordu et souffrant, Rê finit par lui livrer son nom, source de son pouvoir. Chaque nuit enfin, la barque solaire doit vaincre le serpent Apophis, incarnation du chaos, que Seth transperce de sa lance à la proue.
Culte et postérité
Rê n’a jamais été le dieu d’un seul temple : sa puissance s’est unie à celle des autres grands dieux. Amon de Thèbes devient Amon-Rê, « roi des dieux », au Nouvel Empire ; Sobek, Khnoum ou Montou reçoivent aussi son nom. Au XIVe siècle avant notre ère, Akhénaton élève le disque solaire, Aton, au rang de dieu presque unique ; cette réforme ne lui survit pas, mais elle témoigne de la place centrale du soleil dans la pensée égyptienne.
Les Grecs ont reconnu en lui leur Hélios, et le nom d’Héliopolis, « ville du soleil », garde ce souvenir. Aujourd’hui, l’obélisque de Louxor sur la place de la Concorde à Paris, comme ceux de Rome, de Londres et de New York, rappelle le symbole solaire que ces monuments dressaient devant les temples.