Sekhmet
Déesse lionne de Memphis, maîtresse des épidémies
Origines
Le nom de Sekhmet vient du mot sekhem, « puissance » : elle est « la Puissante ». Cette déesse lionne est attestée dès l’Ancien Empire ; les Textes des pyramides disent du roi qu’il a été conçu par elle. Son centre est Memphis, où elle est l’épouse de Ptah et la mère de Néfertoum, le dieu du lotus, avec lesquels elle forme la triade de la ville.
Comme Hathor, Bastet ou Tefnout, Sekhmet est une « fille de Rê » et l’une des formes de l’Œil du soleil, cette puissance féminine que le dieu envoie contre ses ennemis. Les Égyptiens voyaient dans la lionne, chasseresse des marges du désert, l’image de la chaleur dévorante du soleil et de la force qui frappe.
Attributs et symboles
Sekhmet est représentée en femme à tête de lionne, coiffée d’une longue perruque, du disque solaire et du cobra dressé, l’uræus. Elle tient le signe de vie et un sceptre en forme de tige de papyrus ; sa robe est parfois peinte en rouge. Les textes l’appellent « la dame de la flamme » ou « la dame rouge », et disent que son souffle brûlant est le vent du désert.
Champollion a décrit avec exactitude cette déesse « léontocéphale » d’après les statues et les cercueils du musée de Turin : il note le disque et l’uræus, le titre d’« œil du soleil » et les rangées de statues dressées devant les temples de Thèbes. Mais il la tenait pour une forme de Neith et hésitait sur la lecture de son nom ; ces deux points n’ont pas été retenus.
Mythes principaux
Le récit le plus connu se lit dans le Livre de la Vache du Ciel, gravé dans plusieurs tombes royales du Nouvel Empire. Rê, devenu vieux, apprend que les hommes complotent contre lui. Sur le conseil des dieux, il envoie son Œil, Hathor, qui massacre les rebelles dans le désert ; le texte joue alors sur les mots et dit que c’est ainsi que Sekhmet vint à l’existence. Pour sauver le reste de l’humanité, Rê fait répandre de nuit sur les champs de la bière teinte en rouge avec de l’ocre. Au matin, la déesse s’y mire, boit, s’enivre et ne reconnaît plus les hommes.
Sekhmet est aussi la maîtresse des maladies. Ses « messagers » et ses « flèches » portent les épidémies, que l’on redoute surtout pendant les cinq derniers jours de l’année. Des rituels cherchent alors à « apaiser Sekhmet ». Celle qui envoie le mal peut le retirer : ses prêtres passaient pour experts en médecine, et les textes médicaux les citent à côté des médecins et des magiciens. À la guerre, elle accompagne le roi, dont la fureur est comparée à la sienne.
Culte et postérité
Le témoignage le plus spectaculaire de son culte date d’Amenhotep III, au XIVe siècle avant notre ère : le roi fit tailler plusieurs centaines de statues de la déesse en pierre sombre, assises ou debout, pour son temple funéraire de la rive ouest de Thèbes et pour le temple de Mout à Karnak. On a proposé d’y voir une litanie de pierre, une statue pour chaque jour de l’année ; l’idée reste une hypothèse. Dispersées depuis le XIXe siècle, ces statues se trouvent aujourd’hui dans la plupart des grands musées, du Louvre à Turin et à Londres.
Sekhmet a été associée à d’autres déesses sans se confondre avec elles : Mout à Thèbes, Bastet à Bubastis, Pakhet en Moyenne-Égypte. Erik Hornung a décrit ce type de rapprochement, où les dieux égyptiens se combinent en gardant chacun son identité. Les Grecs ne lui ont pas donné d’équivalent net. Elle demeure, dans la mémoire moderne, la figure du double pouvoir de nuire et de guérir.