Sobek
Dieu crocodile du Fayoum et de Kom Ombo
Origines
Sobek, que les Grecs appelaient Souchos, est le dieu crocodile. Il est présent dès les Textes des pyramides, où le roi défunt déclare apparaître comme Sobek, fils de Neith. Son culte s’attache aux lieux où vivait l’animal : les marais, les berges et surtout le Fayoum, vaste dépression alimentée par un bras du Nil, dont la capitale, Shedet, fut nommée Crocodilopolis par les Grecs.
Le dieu prend une importance nationale au Moyen Empire, quand les rois de la XIIe dynastie mettent le Fayoum en valeur. La dernière souveraine de cette lignée s’appelle Sobeknéférou, et plusieurs rois de la XIIIe dynastie, Sobekhotep, « Sobek est satisfait ». Au Nouvel Empire, il est uni au soleil sous le nom de Sobek-Rê.
Attributs et symboles
Sobek est figuré comme un crocodile, souvent couché sur un socle en forme de chapelle, ou comme un homme à tête de crocodile. Il porte une couronne faite de deux hautes plumes, d’un disque solaire et de cornes, et tient le sceptre ouas et le signe de vie. Les textes le disent « vert de plumage », couleur de l’eau et de la végétation.
Champollion a identifié le dieu à Kom Ombo d’après son nom, qu’il lisait « Sovk », et d’après les monnaies d’époque romaine, où le crocodile sert d’emblème à plusieurs provinces. Sur la foi de ces monnaies, il en faisait un « Saturne égyptien », dieu du temps ; cette interprétation n’a pas survécu.
Mythes principaux
Sobek n’est le héros d’aucun grand récit, mais son caractère ressort des allusions des textes. Le crocodile est l’animal le plus dangereux du fleuve, et le dieu a la violence et la voracité de sa bête : les Textes des pyramides évoquent son appétit et sa vigueur sexuelle. Cette force est aussi celle du Nil qui monte, et Sobek fait verdir les rives ; elle est enfin celle du roi, qui s’en réclame.
Sa place dans les mythes des autres dieux est ambiguë. Un chapitre du Livre des morts raconte que les mains d’Horus étant tombées à l’eau, Rê charge Sobek de les repêcher, ce qu’il fait à l’aide d’une nasse. D’autres traditions rapprochent au contraire le crocodile de Seth, l’ennemi d’Osiris. Erik Hornung rappelle que les dieux égyptiens peuvent être tour à tour secourables et redoutables ; Sobek en est un exemple net.
Culte et postérité
Hérodote observe que le crocodile n’est pas traité partout de la même façon : autour de Thèbes et du lac Mœris, c’est-à-dire au Fayoum, on élève un animal sacré, paré de pendants d’oreilles et de bracelets, nourri d’offrandes, puis embaumé à sa mort ; à Éléphantine, au contraire, on mange les crocodiles. Strabon, quatre siècles plus tard, a vu à Arsinoé le crocodile sacré, nommé Souchos, auquel les prêtres faisaient avaler le pain, la viande et le vin apportés par les visiteurs. Les fouilles ont livré des milliers de crocodiles momifiés, de tous âges.
À l’époque gréco-romaine, chaque bourg du Fayoum honore sa propre forme du dieu, comme Soknopaios ou Pétésouchos. En Haute-Égypte, le temple de Kom Ombo, bâti sous les Ptolémées, a un plan unique : deux sanctuaires parallèles, l’un pour Sobek, l’autre pour Haroëris, Horus l’Ancien. Champollion notait déjà ce partage du temple entre les deux dieux.
Les Grecs ont gardé le nom de Souchos sans l’assimiler durablement à l’un de leurs dieux. Sobek reste le meilleur témoin d’une attitude propre à l’Égypte : faire d’un animal redouté un dieu qu’on apaise et dont on capte la force.