Ces dieux

Ægir

Géant de la mer, hôte des banquets des dieux

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Origines

Ægir n’est ni un Ase ni un Vane : c’est un géant, que les dieux fréquentent pourtant en ami. Son nom est un mot poétique pour la mer, que l’on rattache aujourd’hui à une racine germanique désignant l’eau. Jacob Grimm l’expliquait autrement, par une racine exprimant l’effroi, et le rapprochait du « heaume de terreur » (ægishjálmr) de la légende de Sigurd comme du géant Ecke des poèmes allemands ; ces étymologies sont abandonnées.

Les textes lui donnent deux autres noms. Les Skáldskaparmál le disent appelé aussi Hlér et le font habiter l’île de Hlésey, l’actuelle Læsø, dans le Cattégat ; la Lokasenna le nomme également Gymir. Grimm cite la généalogie d’un récit sur les origines de la Norvège, où le géant Fornjótr a trois fils : Hlér, qui commande à la mer, Logi au feu et Kári au vent. Ægir appartient ainsi à une série de puissances élémentaires plus anciennes que les dieux.

Attributs et symboles

Son épouse est Rán, dont le nom signifie « rapine ». Elle possède un filet avec lequel elle attire à elle ceux qui périssent en mer ; Grimm note que l’expression « aller chez Rán » voulait dire se noyer. Le couple a neuf filles, qui sont les vagues, et dont Snorri donne les noms. Eugen Mogk observait que, dans la croyance populaire, Rán, démon avide des noyés, comptait davantage que son mari : Ægir, simple personnification de la mer, ne devrait son relief qu’à la poésie qui l’a associé aux Ases.

L’autre attribut d’Ægir est sa halle. Snorri raconte qu’on y apporta, en guise de feu, de l’or brillant qui éclairait la salle ; les scaldes appellent pour cette raison l’or « feu d’Ægir ». La bière s’y servait d’elle-même.

Mythes principaux

Ægir est l’hôte des dieux, et trois textes s’organisent autour de ses banquets. Dans les Skáldskaparmál, il se rend d’abord à Ásgarðr, où les Ases le reçoivent dans une salle éclairée par des épées ; assis près de Bragi, il l’interroge, et les réponses du dieu forment le traité de poétique de Snorri. Ægir invite ensuite les Ases à venir chez lui trois mois plus tard.

La Hymiskviða part de là. Les dieux exigent qu’Ægir brasse pour eux. Le géant, piqué par le ton de Thor, réclame un chaudron assez grand pour tous. Tyr sait que Hymir en possède un, profond d’une lieue ; Thor et lui vont le chercher, et le poème enchaîne la pêche du serpent de Miðgarðr et l’épreuve de la coupe. Thor rapporte le chaudron sur sa tête, et chaque hiver désormais les dieux boivent chez Ægir.

La Lokasenna se déroule lors d’un de ces festins. La prose d’introduction nomme les deux serviteurs d’Ægir, Fimafengr et Eldir, et précise que le lieu était un grand sanctuaire de paix. Loki, irrité des éloges qu’on leur adresse, tue Fimafengr ; chassé, il revient et insulte tour à tour les convives. Avant de partir, il prédit à Ægir qu’il ne donnera plus jamais de banquet et que le feu dévorera ses biens.

Culte et postérité

On ne connaît aucun culte d’Ægir : pas de sanctuaire, pas de sacrifice décrit. La poésie scaldique use en revanche abondamment de son nom et de ceux de ses filles pour désigner la mer, les vagues et l’or, ce qui montre une figure familière aux auditeurs. Rudolf Simek le décrit comme un géant marin bienveillant envers les dieux, distinct de Njörd, dieu vane de la navigation et de la pêche.

Les neuf filles d’Ægir ont été rapprochées des neuf mères de Heimdall, que Snorri dit sœurs ; l’identification, séduisante, n’est énoncée par aucun texte. Quant aux comparaisons de Grimm avec Neptune et Océan, elles relèvent de l’analogie et non d’une assimilation ancienne.

Pour aller plus loin

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Sources

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