Freyr
Dieu vane de la fécondité, de la paix et des récoltes
Origines
Freyr, « Seigneur », est le fils de Njörðr et le frère de Freyja. Comme eux, il est un Vane livré aux Ases en otage après la guerre entre les deux familles divines. Les dieux lui ont offert Álfheimr, le monde des elfes, comme cadeau de première dent (Grímnismál 5). Snorri le décrit comme le plus glorieux des Ases, maître de la pluie, du soleil et de la croissance des plantes : on l’invoque pour la paix et les bonnes récoltes. Il porte aussi le nom d’Yngvi ou Yngvi-Freyr, et l’Ynglinga saga fait de lui l’ancêtre de la dynastie des Ynglingar, rois d’Uppsala puis de Norvège. Une forme germanique plus ancienne de ce nom, Ing, apparaît dans le poème runique anglo-saxon, et Tacite nomme Ingaevones l’un des trois groupes de peuples germaniques.
Attributs et symboles
Freyr possède le sanglier Gullinbursti, « Soies d’or », forgé par les nains Brokkr et Eitri, qui court plus vite qu’un cheval et éclaire la nuit ; le navire Skíðblaðnir, œuvre des fils d’Ívaldi, assez grand pour tous les dieux mais qui se plie comme une étoffe ; et une épée qui combat d’elle-même. Ses serviteurs sont Skírnir, Byggvir et Beyla. Adam de Brême décrit sa statue d’Uppsala, Fricco, « avec un énorme phallus », et précise qu’on lui sacrifie lors des mariages. Le sanglier, animal de fécondité, est son emblème principal ; la Hervarar saga mentionne le sanglier consacré sur lequel on prêtait des vœux à la fête de Yule.
Mythes principaux
Le grand mythe de Freyr est celui du Skírnismál. S’étant assis sur Hliðskjálf, le siège d’Odin, il aperçoit dans le monde des géants la belle Gerðr, fille de Gymir, et tombe dans une mélancolie qui inquiète les dieux. Il envoie son serviteur Skírnir la demander en mariage, en lui confiant son cheval et son épée. Gerðr refuse l’or et les pommes, puis cède sous la menace de malédictions runiques : elle promet de rejoindre Freyr neuf nuits plus tard dans le bois de Barri. Snorri ajoute que, faute de son épée, Freyr doit tuer le géant Beli avec un bois de cerf.
Cette perte est fatale : au Ragnarök, selon la Völuspá et la Gylfaginning, Freyr affronte le géant de feu Surtr et meurt, désarmé. Dans la Lokasenna, Loki lui reproche d’avoir acheté Gerðr au prix de son arme. Le récit du Skírnismál est souvent lu comme un mythe de l’union entre le ciel et la terre, ou entre le dieu et la fiancée réticente, sans qu’aucune interprétation fasse l’unanimité.
Culte et postérité
Freyr est l’un des rares dieux nordiques dont un culte organisé est bien documenté. Adam de Brême le place à Uppsala aux côtés de Thor et de Wodan. Snorri, dans l’Ynglinga saga, raconte que le roi Freyr régna sur les Suédois dans une longue paix, qu’à sa mort on le déposa en secret dans un tertre et que les tributs continuèrent d’y être versés trois ans durant, les récoltes restant bonnes. Saxo Grammaticus attribue à Frø l’institution de sacrifices humains à Uppsala. En Islande, la Hrafnkels saga met en scène un chef, Hrafnkell « prêtre de Freyr », qui consacre au dieu son cheval Freyfaxi. Les toponymes suédois et norvégiens en Frö- et Frøy- sont nombreux.
Georges Dumézil voit en Freyr le représentant par excellence de la troisième fonction : la fécondité, la richesse et la paix, celle du peuple des cultivateurs. Le sanglier, le tertre et le mariage l’ancrent dans les rythmes de la terre plus que dans le combat, et sa mort désarmée au Ragnarök prolonge cette image d’un dieu qui a tout donné pour l’amour.