Frigg
Épouse d’Odin, reine des Ases, mère de Baldr
Origines
Frigg est l’épouse d’Odin et la première des déesses ases. La Lokasenna la dit fille de Fjörgynn, nom dont la forme féminine désigne ailleurs la Terre, mère de Thor. Elle est la mère de Baldr et, par lui, la grand-mère de Forseti. Son nom repose sur une racine germanique signifiant « aimer, chérir » ; il se retrouve chez tous les peuples germaniques : Frija chez les Francs et les Alamans, Frea chez les Lombards, Frig chez les Anglo-Saxons, d’où l’anglais Friday, calqué sur le dies Veneris latin qui a donné le français vendredi. Elle est donc une déesse pangermanique, à la différence de nombreuses figures propres à la Scandinavie.
Attributs et symboles
Frigg habite Fensalir, « les Halles des marais ». Elle connaît le destin de tous les hommes mais ne le dit jamais, selon la Lokasenna (strophe 29) et la Gylfaginning. Elle a pour compagnes plusieurs déesses mineures que Snorri énumère : Fulla, sa confidente, qui porte son coffret ; Gná, sa messagère, qui chevauche à travers les airs ; Hlín, qu’elle envoie protéger ceux qu’elle veut sauver. Ces figures sont peut-être des dédoublements de Frigg elle-même. Contrairement à Freyja, elle n’est pas associée au combat ni aux morts ; elle apparaît comme la reine, la mère et la protectrice du foyer, et son silence sur l’avenir fait d’elle une figure grave.
Mythes principaux
Le mythe qui la définit est celui de la mort de Baldr. Inquiète des songes de son fils, Frigg fait jurer à toutes les choses — feu, eau, métaux, pierres, arbres, maladies, bêtes et serpents — de ne pas lui nuire. Elle néglige le gui, qu’elle juge trop jeune pour prêter serment. Loki, déguisé en femme, lui arrache cet aveu et fait tuer Baldr par la main de son frère aveugle. Frigg promet ensuite sa faveur à qui ira chez Hel racheter Baldr ; Hermóðr s’y rend, en vain.
Deux autres récits montrent sa rivalité avec Odin. Dans le prologue en prose de la Grímnismál, chacun des époux protège un enfant royal, et Frigg, par une ruse, fait torturer Odin par le protégé de celui-ci. Paul Diacre, dans l’Histoire des Lombards (VIIIe siècle), raconte comment Frea trompe Godan pour donner la victoire aux Lombards contre les Vandales : elle fait tourner le lit du dieu vers l’est et fait coiffer les femmes lombardes de fausses barbes, d’où le nom du peuple, « Longues-Barbes ». Saxo Grammaticus rapporte enfin que Frigga dépouilla la statue d’or d’Othinus avec la complicité d’un serviteur.
Culte et postérité
Le second charme de Mersebourg, formule magique en vieux haut-allemand copiée au Xe siècle, nomme Frija et sa sœur Volla parmi les déesses qui soignent le cheval blessé, ce qui confirme l’ancienneté de la déesse et de sa suivante Fulla sur le continent. En Scandinavie, aucune description d’un culte spécifique ne subsiste, et les toponymes qui pourraient contenir son nom sont discutés. Le récit de Paul Diacre reste l’un des rares témoignages continentaux sur la déesse.
Les chercheurs, de Jacob Grimm à Rudolf Simek, se sont demandé si Frigg et Freyja ne procédaient pas d’une seule déesse ancienne : mêmes accusations d’infidélité dans la Lokasenna, même don de prophétie, époux aux noms voisins (Óðinn et Óðr). La question reste ouverte. Le rapprochement avec Vénus, imposé par le calendrier, convient mal à Frigg : c’est comme épouse du souverain, mère endeuillée et gardienne silencieuse du destin qu’elle a marqué les récits nordiques, et non comme déesse de l’amour.