Hel
Maîtresse du royaume des morts, fille de Loki
Origines
Hel est la fille de Loki et de la géante Angrboða, sœur du loup Fenrir et du serpent Jörmungandr. Selon la Gylfaginning, les dieux, avertis des malheurs qu’engendrerait cette fratrie, s’emparent des trois enfants : Odin jette Hel dans Niflheimr et lui donne pouvoir sur neuf mondes, à charge de répartir les logis de tous ceux qui lui sont envoyés, c’est-à-dire les morts de maladie et de vieillesse. Le mot hel désigne d’abord le lieu, le séjour des morts, et se retrouve dans tout le domaine germanique (gotique halja, anglais hell, allemand Hölle) ; la déesse est la personnification de ce royaume, et les historiens jugent en général cette personnification tardive, en partie littéraire. Le royaume et sa maîtresse portent le même nom, et les textes passent sans cesse de l’un à l’autre.
Attributs et symboles
Snorri la décrit mi-noire (ou bleue) mi-couleur de chair, « facile à reconnaître », le visage sombre et l’air farouche. Sa halle est Éljúðnir ; son plat s’appelle Faim, son couteau Famine, son serviteur et sa servante Lent et Lente, son lit Couche de malade, son seuil Piège-qui-fait-tomber. Ces noms allégoriques, propres à la Gylfaginning, en font l’image de la mort par épuisement, à l’opposé de la mort au combat qui mène à Odin ou à Freyja. Son royaume est séparé des vivants par la rivière Gjöll et le pont Gjallarbrú, couvert d’or, que garde la jeune fille Móðguðr ; la route de Hel descend « vers le bas et vers le nord ». L’une des racines d’Yggdrasill s’étend au-dessus de Hel (Grímnismál 31).
Mythes principaux
Hel n’a qu’un grand rôle mythique, mais il est central : celui du refus de rendre Baldr. Après la mort du dieu, Hermóðr chevauche Sleipnir neuf nuits par des vallées sombres jusqu’à la halle de Hel, où il trouve son frère assis à la place d’honneur. Hel accepte de le rendre à une condition : que toute chose au monde, vivante ou morte, le pleure. Une seule géante, Þökk, s’y refuse, et Baldr demeure. Dans la Baldrs draumar, la voyante réveillée par Odin décrit la halle de Hel préparée pour Baldr, les bancs jonchés d’anneaux et l’hydromel brassé. Au Ragnarök, selon la Völuspá, les hôtes des morts rejoignent le camp des ennemis des dieux, mais Hel elle-même n’y combat pas. Snorri est la seule source qui la fait parler.
Culte et postérité
Hel n’a jamais reçu de culte. Sa figure n’est attestée que par la littérature, et les expressions courantes des sagas — « aller chez Hel », « que Hel les prenne » — désignent le lieu plutôt que la déesse. Une coutume funéraire, les « souliers de Hel » attachés aux pieds du mort pour le voyage, est mentionnée dans la Gísla saga. Saxo Grammaticus, dans la Gesta Danorum, fait apparaître Proserpine à Balderus pour lui annoncer sa mort : le lettré latin traduit ainsi la maîtresse des morts.
Régis Boyer insiste sur le fait que l’ancienne Scandinavie ne connaissait ni jugement des morts ni enfer punitif : Hel est un séjour gris et froid, non un lieu de châtiment, même si la Völuspá mentionne à part une salle de supplices, à Náströnd, pour les parjures et les meurtriers. Après la conversion, le mot hel a servi à traduire l’enfer chrétien, et la déesse a lentement pris les traits d’une reine des damnés dans l’imagination moderne, jusqu’aux bandes dessinées et au cinéma d’aujourd’hui. Le rapprochement avec Proserpine ou avec Hadès, parfois avancé, est une parenté de fonction : Hel ne juge pas, n’enlève personne et ne règne sur aucun trésor.