Sif
Épouse de Thor, déesse à la chevelure d’or
Origines
Sif est l’épouse de Thor. Elle a de lui une fille, Þrúðr, « la Force », et elle est la mère d’Ull, né d’un père que les textes ne nomment pas et dont Thor est le beau-père. Les sources ne lui attribuent aucune ascendance. Dans le prologue de son Edda, où il rattache les dieux à des héros venus de Troie, Snorri en fait une prophétesse nommée Sibil, « que nous appelons Sif » : rapprochement savant avec la Sibylle antique, sans valeur pour la tradition païenne.
Son nom est apparenté au vieux norrois sifjar, qui désigne la parenté par alliance. Jacob Grimm le rapprochait du gotique sibja et du vieux haut-allemand sippia, « parenté, paix, amitié », et supposait d’après ces mots l’existence d’une déesse continentale correspondante, ce qu’aucun document ne confirme. Eugen Mogk traduisait simplement Sif par « l’épouse ». Le nom dirait donc sa fonction : elle est la femme du dieu, le lien conjugal personnifié.
Attributs et symboles
Son seul attribut est sa chevelure. Snorri l’appelle la déesse aux beaux cheveux, et les scaldes nomment l’or « chevelure de Sif ». Thor est à son tour désigné comme « l’époux de Sif », ce qui montre qu’elle était assez connue pour servir de repère dans le langage poétique. Les Skáldskaparmál indiquent qu’on peut aussi la nommer mère d’Ull et de Þrúðr.
Mythes principaux
Le récit de la chevelure figure dans les Skáldskaparmál. Loki, par malice, coupe tous les cheveux de Sif. Thor le saisit et menace de lui briser les os ; Loki jure alors d’obtenir des elfes noirs une chevelure d’or qui poussera comme de vrais cheveux. Les nains fils d’Ívaldi la fabriquent, ainsi que la lance Gungnir pour Odin et le navire Skíðblaðnir pour Freyr. Loki parie ensuite sa tête que deux autres nains, Brokkr et son frère, ne feront pas aussi bien : ils forgent le sanglier aux soies d’or, l’anneau Draupnir et le marteau Mjöllnir, que les dieux jugent le meilleur des six objets. Loki ne sauve sa tête qu’en arguant qu’il n’a pas engagé son cou, et le nain lui coud les lèvres. Le méfait commis contre Sif est ainsi à l’origine des principaux trésors des dieux.
Les autres mentions sont brèves. Dans la Lokasenna, Sif tend à Loki une coupe d’hydromel et le prie de l’épargner, elle seule étant sans reproche ; Loki répond qu’il a été son amant. Dans la Hárbarðsljóð, Odin déguisé en passeur lance à Thor que Sif a un amant chez elle. Aucun récit ne développe ces accusations. Dans les Skáldskaparmál encore, le géant Hrungnir, ivre chez les Ases, se vante de tuer tous les dieux sauf Freyja et Sif, qu’il emmènera chez lui.
Culte et postérité
Aucun culte de Sif n’est attesté, note Rudolf Simek, et aucun toponyme ne se rapporte sûrement à elle. Son interprétation repose donc sur le seul mythe de la chevelure. Grimm rapporte que les commentateurs de son temps y voyaient la moisson dorée, brûlée ou coupée puis repoussant, et rapprochaient Sif de Cérès ; il objectait lui-même que, dans la mythologie nordique, c’est la mère de Thor, et non son épouse, qui est la Terre. L’idée d’une déesse des blés mariée au dieu de l’orage, dont la pluie féconde les champs, a été souvent reprise depuis. Elle n’a pas d’autre appui que ce récit, lequel peut aussi n’être qu’une explication narrative de la kenning désignant l’or.
Sif reste ainsi une figure aux contours pâles, définie par son mari et par un épisode où elle ne joue aucun rôle actif. La bande dessinée et le cinéma contemporains en ont fait une guerrière, trait absent des sources médiévales.