Janus
Dieu des commencements, des passages et des portes
Origines
Janus est un dieu sans équivalent grec, et les Romains le savaient : ils tenaient qu’aucun autre peuple ne l’honorait. Son nom vient de la racine de ire, « aller », qui a donné ianua, la porte, et ianus, le passage voûté. Il est le dieu de tout ce qui commence et de tout ce qui se franchit : le seuil, l’entrée de l’année, la première heure du jour. Dans les prières et les sacrifices, on l’invoquait avant Jupiter. Cicéron explique que les commencements lui reviennent, comme les fins reviennent à Vesta, et Georges Dumézil a fait de ce couple Janus-Vesta, prima et extrema, l’un des traits les plus originaux de la religion romaine.
Le roi des sacrifices, héritier des fonctions religieuses du roi, lui sacrifiait un bélier le 9 janvier, aux Agonalia ; les calendes de janvier, qui ouvraient l’année civile depuis le IIe siècle avant notre ère, étaient sa fête, et le mois entier porte son nom.
Attributs et symboles
Janus est représenté avec deux visages tournés en sens contraire, l’un regardant devant, l’autre derrière : d’où ses surnoms de Bifrons et de Geminus, « le Double ». Il tient une clé et un bâton, comme un portier. Ses deux autres titres, rapportés par Ovide, sont Patulcius, « qui ouvre », et Clusius, « qui ferme ». La monnaie de bronze la plus commune de la République, l’as, porte au droit sa tête double et au revers une proue de navire ; les enfants romains jouaient à pile ou face en criant « têtes ou navire ».
Son monument le plus célèbre n’était pas un temple mais un passage : le Janus Geminus, sur le Forum, petit édifice à deux portes de bronze, ouvertes en temps de guerre et fermées quand Rome était en paix sur tous les fronts. Tite-Live dit que Numa l’institua et qu’il ne fut fermé que deux fois avant Auguste : sous Numa, puis en 235 après la première guerre punique. Auguste, dans le récit de ses actions, se vante de l’avoir fermé trois fois.
Mythes principaux
Le premier livre des Fastes d’Ovide donne la parole à Janus lui-même. Le dieu explique qu’il est le Chaos ancien, la matière confuse d’avant le monde, devenu dieu quand les éléments se séparèrent ; que son double visage lui permet de voir à la fois le ciel et la terre, l’avant et l’arrière ; que tout passe par lui, portes du ciel comme portes des maisons. Il raconte aussi comment, lorsque les Sabins de Tatius, introduits par Tarpéia, montaient à l’assaut du Capitole, il fit jaillir sur leur chemin une source d’eau bouillante qui les repoussa : c’est pourquoi son sanctuaire reste ouvert pendant la guerre, afin qu’il puisse venir au secours des Romains.
Une autre tradition, reprise par Virgile et Macrobe, fait de Janus un roi du Latium primitif qui accueillit Saturne chassé du ciel, reçut de lui l’agriculture et partagea avec lui le royaume ; la colline du Janicule, sur la rive droite du Tibre, aurait été sa ville. Ovide, au sixième livre des Fastes, lui prête encore l’amour de la nymphe Crané, à qui il donne, en récompense, le pouvoir sur les gonds et une branche d’aubépine qui écarte des berceaux les oiseaux de nuit.
Culte et postérité
Janus n’a pas de flamine ni de grand temple archaïque : son culte est celui des seuils et des dates. Le 1er janvier, les Romains échangeaient des vœux et des étrennes, dattes, figues, miel et petites pièces, pour que l’année commence dans la douceur ; les magistrats entraient en charge. Ovide décrit tout cela, et l’usage des étrennes a traversé les siècles.
Le consul Duilius, vainqueur de la première bataille navale de Rome en 260 avant notre ère, lui éleva un temple près du marché aux légumes, que Tibère fit restaurer. Sous l’Empire, la fermeture des portes du Janus devint un acte de propagande, que Néron célébra sur ses monnaies. Saint Augustin, discutant Varron dans La Cité de Dieu, s’est moqué de ce dieu des débuts et de son double visage ; mais Janus a survécu dans le nom de janvier et dans la langue, où un « janus » désigne encore ce qui a deux faces.