Ces dieux

Junon

Déesse souveraine, protectrice des femmes mariées

Origines

Junon (Iuno) est l’une des grandes déesses de l’Italie ancienne. Son nom se rattache à une racine qui évoque la jeunesse et la vigueur, celle de iuvenis, et les Latins comme les Étrusques, qui l’appelaient Uni, l’honoraient bien avant qu’elle ne soit identifiée à Héra. Chaque cité du Latium avait sa Junon : celle de Lanuvium, Iuno Sospita, « la Sauveuse », portait une peau de chèvre et un bouclier ; celle de Véies devint la Junon Reine de l’Aventin ; Faléries avait la sienne, avec des rites propres.

À Rome, elle partage avec Jupiter et Minerve le temple du Capitole, où elle est Iuno Regina, la Reine. Georges Dumézil a souligné que la Junon de Lanuvium, invoquée à la fois comme Sospita, Mater et Regina, réunissait en une seule déesse les trois fonctions, protection guerrière, fécondité et souveraineté, que d’autres panthéons répartissent entre plusieurs dieux.

Attributs et symboles

Les calendes, premier jour de chaque mois, appartiennent à Junon : sa prêtresse, la regina sacrorum, épouse du roi des sacrifices, lui offrait ce jour-là une truie ou une agnelle dans la Regia. Les Romains disaient aussi que chaque femme avait sa iuno, comme chaque homme son genius : la déesse est le principe même de la vitalité féminine.

Le paon, oiseau d’Héra, lui a été attribué sous l’influence grecque ; Ovide raconte dans les Métamorphoses qu’elle plaça sur sa queue les cent yeux d’Argus. Les oies, en revanche, lui appartiennent en propre : celles de son sanctuaire du Capitole donnèrent l’alerte lors de l’attaque nocturne des Gaulois, selon Tite-Live. Ses épithètes disent ses domaines : Lucina, « celle qui met au jour », préside aux accouchements ; Moneta, « l’Avertisseuse », veille sur la citadelle ; Regina règne au Capitole ; Caprotina reçoit le 7 juillet la fête des servantes, les Nones Caprotines, célébrée sous un figuier sauvage.

Mythes principaux

L’Énéide de Virgile a fait de Junon l’adversaire acharnée des Troyens. Fidèle à Carthage, qu’elle aime entre toutes les villes, et blessée par le jugement de Pâris, elle déchaîne la tempête contre la flotte d’Énée, pousse Didon à l’aimer, puis soulève le Latium contre lui. Au dernier chant, elle se réconcilie avec Jupiter à une condition : que les Troyens perdent leur nom et leur langue et que le peuple né de l’union soit latin. Rome, dans cette lecture, existe parce que Junon a cédé.

L’histoire romaine lui prête un rôle plus proche. En 396 avant notre ère, le dictateur Camille, avant de prendre Véies, prononça l’evocatio : il invita la Junon de la ville ennemie à quitter son temple et à venir à Rome, où un temple l’attendait. Tite-Live rapporte que la statue, interrogée par de jeunes soldats, fit signe qu’elle consentait, et qu’elle fut transportée sans effort sur l’Aventin. Dans les Fastes, Ovide fait dire à Junon elle-même que le mois de juin porte son nom, contre les prétentions de Juventas et de la Concorde.

Culte et postérité

Les Matronalia du 1er mars, jour anniversaire de son temple de l’Esquilin, étaient la fête de Junon Lucine : les femmes mariées y priaient pour leurs enfants, recevaient des cadeaux de leurs maris et servaient elles-mêmes leurs esclaves. Le temple de Junon Moneta, sur la citadelle, fut voué en 345 par un autre Camille ; l’atelier monétaire de Rome s’établit auprès de lui, et c’est de ce surnom que viennent les mots « monnaie » et money. En 207, pendant la guerre contre Hannibal, un chœur de vingt-sept jeunes filles chanta pour Junon Reine, à travers la Ville, un hymne composé par le poète Livius Andronicus, afin de détourner un présage funeste.

Sa mémoire s’est fondue dans celle d’Héra dès l’Antiquité, et l’art européen l’a peinte avec le paon et le diadème de la déesse grecque. Le mois de juin conserve son nom, et l’astronomie l’a donné à la sonde qui, depuis 2016, tourne autour de Jupiter. Héra est sa parente grecque, non son double : la Junon des Romains, gardienne de la citadelle et de la monnaie, est d’abord une déesse de l’État.

Figures apparentées dans d’autres panthéons

  • Héra — Reine des dieux, déesse du mariage (Mythologie grecque)

Pour aller plus loin

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Sources

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