Quirinus
Dieu des citoyens romains, troisième de la triade archaïque
Origines
Quirinus est l’un des trois dieux de la plus ancienne triade romaine. Dans l’ordre hiérarchique, il vient en troisième, après Jupiter et Mars, et il est servi comme eux par un flamine majeur, le flamen Quirinalis. Il n’a pas d’équivalent grec véritable ; les Grecs le traduisaient parfois par Ényalios, épithète guerrière d’Arès, signale H. J. Rose.
Les auteurs anciens, résume Pierre Grimal, sont presque unanimes à en faire un dieu de la guerre d’origine sabine. Ils tiraient son nom de la ville sabine de Cures, ou du mot sabin curis, « la lance » ; il aurait été le dieu de la colline du Quirinal, où la tradition plaçait un établissement sabin. Les linguistes modernes rapprochent plutôt son nom de celui des Quirites, les citoyens romains, et de la curie, division du peuple.
Attributs et symboles
Quirinus n’a guère d’image. La lance lui vient de l’étymologie antique. Quand il se confond avec Romulus, il en prend le costume : Ovide montre le roi divinisé apparaissant plus grand que nature, vêtu de la trabée, le manteau à bandes des rois.
Sa nature est l’objet d’un débat. Pour Rose, il est une divinité guerrière qui fait double emploi avec Mars. Georges Dumézil a soutenu une autre hypothèse : Quirinus serait le dieu de la masse des citoyens, de leur subsistance et de leur prospérité, complétant Jupiter, la souveraineté, et Mars, la force. Grimal la juge séduisante et cite ses appuis : le commentateur Servius parle d’un « Mars tranquille », propre à l’intérieur de la ville ; appeler des soldats « Quirites », c’était les traiter en civils, et l’insulte était cuisante ; enfin le flamine de Quirinus officiait pour des divinités rurales, notamment Consus, gardien des grains engrangés. Ovide le montre de même sacrifiant, le 25 avril, à Robigo, la rouille des blés.
Mythes principaux
Les mythes de Quirinus sont rares. Le principal est son assimilation à Romulus. Tite-Live raconte que le fondateur disparut dans un orage alors qu’il passait l’armée en revue au Champ de Mars ; les sénateurs furent soupçonnés de l’avoir tué. Un certain Proculus Julius déclara alors que Romulus lui était apparu, descendu du ciel, pour annoncer que Rome serait la capitale du monde. Ovide ajoute que le roi demanda à être honoré sous le nom de Quirinus. Son épouse Hersilie fut divinisée à son tour sous le nom de Hora Quirini.
Rose y voit une explication après coup : la divinisation du fondateur réglait une difficulté, l’existence d’un second dieu guerrier à côté de Mars. Grimal cite un autre récit, sabin celui-là : une jeune fille noble, dansant à une fête de Quirinus, entra dans le sanctuaire et en ressortit enceinte du dieu ; son fils, Modius Fabidius, fonda la ville de Cures.
Culte et postérité
La fête de Quirinus, les Quirinalia, tombait le 17 février. Ovide l’appelle aussi « fête des sots » : ceux qui avaient laissé passer le jour fixé à leur curie pour griller l’épeautre, aux Fornacalia, s’acquittaient ce jour-là. Ce lien entre le dieu, les curies et le grain est un des arguments de Dumézil.
Son temple se trouvait sur le Quirinal, la colline qui porte son nom. Tite-Live rapporte qu’il fut dédié en 293 avant notre ère par le consul Papirius Cursor, dont le père l’avait voué.
À l’époque classique, Quirinus n’est plus guère qu’un autre nom de Romulus ; Virgile, au premier livre de l’Énéide, annonce un âge de paix où « Quirinus avec son frère Rémus » donnera des lois. Son nom a survécu dans celui des Quirites et du Quirinal, où siège aujourd’hui la présidence de la République italienne. La théorie de Dumézil, qui fait de la triade Jupiter, Mars, Quirinus l’image de trois fonctions héritées du monde indo-européen, reste une hypothèse influente, discutée par une partie des historiens.