Ces dieux

Ayizan

Lwa des marchés, des seuils et de l’initiation

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Origines

Ayizan, que l’on appelle aussi Ayizan Velekete, est l’une des lwa les plus anciennes de la nation Rada. Son nom et sa fonction viennent du Dahomey. Dans le royaume fon étudié par Melville Herskovits, aizan désigne un esprit protecteur des marchés et des lieux publics, honoré sur de petits tertres de terre. En Haïti, elle a conservé ce rôle de gardienne et en a reçu un second, lié à la prêtrise et à l’initiation.

Alfred Métraux, qui écrit « Aïzan », la décrit comme une vieille femme, protectrice des marchés, des places, des portes et des barrières. Maya Deren voit en elle la première manbo, comme Loko est le premier oungan.

Attributs et symboles

Son emblème est la palme. On prend une jeune feuille de palmier royal, encore fermée, et on l’effrange en fines lanières : cet objet porte lui-même le nom d’ayizan. Il a un pouvoir de purification et de protection. On le suspend dans le temple, on le porte en procession, et les initiés s’en couvrent la tête ou les épaules. Son vèvè reprend le motif de la palme et, selon Deren, entrelace des lettres qui évoquent son nom.

Sa couleur est le blanc. Les pratiquants la décrivent comme une lwa pure, qui se tient à l’écart de ce qui est souillé, et beaucoup de maisons ne lui offrent pas d’alcool. Elle ne monte que rarement les fidèles. Quand elle vient, c’est sous les traits d’une femme âgée, douce et grave, loin de l’exubérance d’autres esprits.

Mythes principaux

Aucun récit développé ne s’attache à Ayizan, et les ethnographes le constatent. Ce que la tradition dit d’elle passe par les chants, où elle est appelée « Velekete » et saluée comme une ancienne, et par la place qu’on lui donne dans la famille des lwa.

Cette place varie. Métraux la donne pour l’épouse de Legba, le maître des barrières et des chemins, ce qui s’accorde avec sa protection des portes et des marchés. Deren en fait la compagne de Loko, avec qui elle forme le couple fondateur de la prêtrise. Les deux versions coexistent dans les temples, et rien ne permet de tenir l’une pour plus authentique que l’autre.

Dans les deux cas, Ayizan est du côté des commencements : elle garde l’entrée du marché comme celle du temple, et c’est par elle que l’on entre dans la vie d’initié.

Culte et postérité

Ayizan est saluée dans les premiers moments des cérémonies Rada, après Legba et à proximité de Loko. Son rôle principal se joue dans l’initiation, le kanzo. Métraux décrit le rite appelé « chiré aïzan », au cours duquel les membres de la société déchirent ensemble, en chantant, les feuilles de palmier qui serviront à protéger les novices. Lorsque ceux-ci sortent de leur retraite, ils portent ces franges de palme, qui les abritent des influences mauvaises pendant qu’ils sont encore fragiles.

Elle protège aussi les marchés, les chemins et les lieux où l’on commerce. Comme les marchés haïtiens sont largement l’affaire des femmes, les marchandes comptent parmi celles qui se réclament d’elle. On lui demande la prospérité honnête et la protection contre les mauvais esprits.

Les images catholiques employées pour Ayizan diffèrent d’un temple à l’autre, et aucune ne s’impose dans les descriptions classiques ; il vaut mieux parler d’usages locaux que d’une correspondance.

Peu connue en dehors des pratiquants, Ayizan reste indispensable à la vie des temples. Avec Loko, elle garantit que l’initiation se déroule selon les règles et que la connaissance passe d’une génération de prêtres à la suivante, en Haïti comme dans les sociétés de la diaspora.

Pour aller plus loin

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Sources

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