Azaka
Lwa paysan de l’agriculture et du travail de la terre
Origines
Azaka est le lwa de l’agriculture et le patron des paysans. On l’appelle familièrement Kouzen Zaka, « cousin Zaka », ou, avec une pointe d’ironie, Minis Azaka, « ministre Azaka », comme s’il était le ministre de l’Agriculture du monde des esprits. Contrairement à Damballa ou à Ogou, on ne lui connaît pas de modèle africain précis. Les chercheurs le tiennent pour une figure façonnée en Haïti, à l’image de la paysannerie née après l’indépendance, quand les anciens esclaves ont pris possession de lopins de terre.
Il est servi au rythme de la danse djouba, une danse paysanne qui lui est propre. L’image de saint Isidore le Laboureur, patron des cultivateurs, sert à le représenter.
Attributs et symboles
Azaka est le paysan haïtien en personne. Il porte le chapeau de paille à large bord, la chemise et le pantalon de grosse toile bleue, un foulard rouge, le sac de paille en bandoulière, le makout, où il fourre tout ce qu’on lui donne. Il fume la pipe et tient la machette. Quand il monte un fidèle, celui-ci prend l’accent des campagnes, se montre méfiant envers les gens de la ville, marchande, se plaint, et mange avec avidité tout ce qu’on lui présente.
Ses offrandes sont celles de la cuisine paysanne : maïs bouilli, cassave, patates douces, pois, canne à sucre, clairin, tabac. Il aime qu’on lui parle sans façon, mais il se vexe vite et ne pardonne pas qu’on se moque de lui.
Mythes principaux
Azaka ne raconte pas d’exploits ; il incarne une condition. Ses manières, sa méfiance, son avidité, son parler direct sont ceux des moun andeyò, les « gens du dehors », les paysans que la ville a longtemps méprisés. Karen McCarthy Brown a montré que ce portrait n’est pas une caricature gratuite : la voracité de Zaka, qui remplit son sac et cache la nourriture, est celle de gens qui ont connu la faim et qui savent qu’il faut faire des provisions. Servir Azaka, c’est reconnaître d’où l’on vient.
La tradition le rattache à la famille des Gede, dont il partage la rusticité, et certains le disent frère ou proche parent de ces esprits de la mort. Il est aussi le gardien de la terre familiale, ce lakou où reposent les ancêtres et où l’on plante, et qu’il ne faut pas vendre.
Culte et postérité
Azaka est servi dans les campagnes, où l’on lui demande de bonnes récoltes, la pluie au bon moment, la protection contre les mauvais sorts jetés sur un champ. On le fête au printemps, au moment de la fête de l’Agriculture en Haïti et de la Saint-Isidore. Les marchandes des villes, qui vendent ce que la terre produit, le servent aussi.
Dans la diaspora, il garde une place étonnante pour un lwa paysan. Brown décrit, à Brooklyn, une fête d’Azaka où des Haïtiens de la ville retrouvent, le temps d’une soirée, le parler, les plats et les manières des campagnes qu’ils ont quittées. Azaka est ainsi, pour beaucoup d’exilés, la mémoire vivante du pays, celle de la terre et de ceux qui la travaillent.