Ces dieux

Baron Samedi

Lwa de la mort et chef des Gede

Origines

Baron Samedi est le chef de la famille des Gede, les esprits de la mort. Les Gede ne se rangent ni parmi les Rada ni parmi les Petwo : ils forment un groupe à part, servi à la fin des cérémonies, quand ils arrivent en bande pour tout bouleverser. Leur origine reste discutée. Certains chercheurs ont rapproché leur nom d’un ancien peuple du plateau d’Abomey, au Dahomey, mais le personnage du Baron, avec son nom français et son costume de croque-mort, est une création haïtienne.

Le Baron se décline lui-même en plusieurs figures : Baron Samedi, Baron Lakwa (la Croix), Baron Simityè (Cimetière). Son épouse est Gran Brigit. Ensemble, ils règnent sur le cimetière et sur les morts. Dans chaque cimetière, la première tombe d’homme lui appartient, et une croix, la croix du Baron, marque sa présence.

Attributs et symboles

Il porte un haut-de-forme, une redingote noire, des lunettes noires auxquelles il manque souvent un verre, une canne. Ses couleurs sont le noir, le violet et le blanc. Il parle du nez, comme les morts dont on bouche les narines avec du coton, et il boit du clairin dans lequel ont macéré des piments, un mélange que nul vivant ne supporterait.

Quand il monte quelqu’un, la personne se met à danser la banda, une danse aux mouvements de bassin explicites, et multiplie les plaisanteries obscènes. Alfred Métraux a décrit ces scènes, où le Baron et les Gede se moquent de tout, des vivants, des puissants, de la mort elle-même. Rien n’est sacré pour eux, sauf peut-être la vérité, qu’ils disent crûment.

Mythes principaux

Le vodou ne raconte pas l’histoire du Baron ; il l’éprouve. Un principe résume sa place : personne ne meurt sans que le Baron ait creusé sa tombe. C’est pourquoi on l’invoque pour les malades, et surtout pour les enfants malades. S’il refuse d’ouvrir la tombe, la personne vivra. Le maître de la mort est ainsi, paradoxalement, un guérisseur et un protecteur des enfants.

Maya Deren a insisté sur cette double nature. Gede est le seigneur de la mort et, par là même, celui de la vie et de la sexualité : la banda et les plaisanteries grivoises ne sont pas un accident, mais l’affirmation de la vie face à la tombe. Les Gede sont aussi les gardiens de la mémoire, ceux qui connaissent les ancêtres et parlent en leur nom.

Culte et postérité

Les Gede sont fêtés les 1er et 2 novembre, à la Toussaint et au jour des Morts. Les cimetières, en particulier le grand cimetière de Port-au-Prince, se remplissent alors de fidèles vêtus de noir et de violet, le visage poudré de blanc, qui allument des bougies à la croix du Baron, boivent du rhum pimenté et dansent.

Le Baron a débordé le cadre religieux. François Duvalier, président d’Haïti de 1957 à 1971, a cultivé sa ressemblance avec lui, costume noir, chapeau et lunettes, pour asseoir son pouvoir par la peur. Le cinéma et la culture populaire étrangère ont fait de lui l’image même du « vaudou », souvent en le caricaturant. Pour ceux qui le servent, il reste le vieux Gede qui fait rire de la mort, et qui guérit.

Pour aller plus loin

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Sources

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