Bossou
Lwa taureau à trois cornes, force et protection
Origines
Bossou, en créole Bosou, est un lwa que les fidèles se représentent sous la forme d’un taureau, ou d’un homme puissant portant des cornes. Sa forme la plus connue est Bosou Twa Kòn, « Bossou aux trois cornes ». D’autres noms désignent des aspects distincts ou voisins, comme Kadja Bossou et Djobolo Bosou, et l’on parle parfois des Bossou au pluriel, comme d’une petite famille.
Son origine dahoméenne est admise par les chercheurs. Melville Herskovits, qui avait étudié le Dahomey avant de travailler en Haïti, rapproche son nom de celui des esprits que les Fon associent aux enfants nés avec une anomalie, tenus pour des êtres puissants et honorés notamment dans le culte royal. Les trois cornes seraient le signe de cette nature hors norme. Des noms comme Kadja Bossou ont été rapprochés de noms royaux du Dahomey ; ce lien est souvent répété, mais il reste une hypothèse.
Attributs et symboles
Le taureau résume le personnage : la force, la charge, l’obstination. Sa couleur est généralement le rouge. Sur les drapeaux de paillettes que présente le volume dirigé par Donald Cosentino, Bossou apparaît en taureau cornu, parfois à trois cornes, et son image figure parmi les sujets courants des brodeurs.
Bien que venu du Dahomey, pays des lwa Rada, Bossou est servi dans de nombreux temples du côté Petwo, ou des deux côtés selon l’aspect invoqué. Alfred Métraux le mentionne parmi les esprits dont le tempérament est violent. Sa possession en porte la marque : le fidèle qu’il monte baisse la tête, charge, heurte les murs ou le poteau du temple, et il faut de la poigne pour le contenir.
Les images de saints qu’on lui attribue changent d’une région et d’un temple à l’autre, et aucune ne fait l’unanimité.
Mythes principaux
Il n’existe pas, à notre connaissance, de récit suivi sur Bossou dans les descriptions des ethnographes, et l’on se gardera d’en inventer. Ce que la tradition transmet tient dans son image, dans les chants qui célèbrent sa vigueur et dans son comportement pendant la possession.
Le sens que les pratiquants donnent aux trois cornes n’est pas uniforme. Les uns y voient simplement la marque d’une puissance supérieure à celle d’un taureau ordinaire, d’autres y lisent trois forces ou trois domaines. Ces explications sont celles de maisons particulières, non une doctrine commune.
Le trait constant est celui de la protection par la force. Bossou est un lwa que l’on appelle quand il faut briser un obstacle ou tenir tête à un adversaire. Sa violence est tournée vers l’extérieur : pour ceux qui le servent, il est un défenseur.
Culte et postérité
Bossou est invoqué pour la protection des personnes, des maisons et des temples, et pour donner de la vigueur à une entreprise. Les « travaux » de défense magique font volontiers appel à lui, aux côtés d’autres lwa petwo. On lui offre de préférence des animaux et des aliments en rapport avec sa nature ; selon les maisons, un taureau peut lui être sacrifié lors des grands services, ce qui reste rare en raison du coût.
Il n’a pas la notoriété de Legba ou d’Ogou, et les études qui lui sont spécifiquement consacrées sont peu nombreuses : l’essentiel de ce que l’on sait vient de mentions dispersées et de l’iconographie. Cette discrétion des sources ne reflète pas sa place réelle, car Bossou est connu dans tout le pays.
Pour les historiens du vodou, il est un bon exemple de la manière dont une figure du Dahomey, liée là-bas à la royauté et aux naissances extraordinaires, a pris en Haïti un sens nouveau. Dans la diaspora, son taureau à trois cornes continue d’orner les drapeaux et les murs des temples.