Erzulie Dantor
Lwa mère et guerrière du rite Petwo
Origines
Erzulie Dantor appartient à la nation Petwo, celle des esprits nés pour une large part dans la colonie de Saint-Domingue, dans la violence de l’esclavage. Elle n’a pas de modèle africain identifié. Elle partage le nom d’Erzulie avec Freda, mais tout les oppose : Freda est la dame élégante, Dantor la paysanne au travail, la mère qui se bat.
Son image catholique est la Vierge noire de Częstochowa, dont la joue droite porte deux entailles. Une tradition souvent rapportée veut que cette icône polonaise soit arrivée en Haïti avec les soldats polonais de l’expédition de Leclerc, dont certains passèrent du côté des insurgés. Les cicatrices de l’image sont devenues celles de la lwa. Karen McCarthy Brown rapporte l’explication que donnent les fidèles : Dantor a été blessée au visage lors d’une querelle avec sa sœur Freda.
Attributs et symboles
Ses couleurs sont le bleu foncé et le rouge, parfois l’or. Son objet est le couteau ou le poignard, souvent planté dans le cœur de son vèvè. Le cochon noir, le cochon créole d’Haïti, est l’animal qu’on lui offre. Cette offrande la relie, dans la mémoire populaire, à la cérémonie du Bois-Caïman, en 1791, où un cochon noir aurait été sacrifié avant le soulèvement des esclaves.
Selon un récit que rapporte Brown, on lui a coupé la langue pendant la guerre d’indépendance, pour qu’elle ne puisse pas trahir les siens. C’est pourquoi, lorsqu’elle monte un fidèle, elle ne prononce que des sons inarticulés, « ke-ke-ke », et se fait comprendre par gestes. Sa fille Anaïs, que l’on voit sur l’icône dans les bras de la Vierge, est parfois dite sa traductrice.
Mythes principaux
Erzulie Dantor est avant tout une mère. Les récits et les chants la montrent défendant ses enfants avec une violence sans mesure, et punissant tout aussi durement ceux qui manquent à leurs engagements envers elle. Elle est la lwa des femmes qui élèvent seules leurs enfants, des marchandes, de celles qui travaillent dur et ne comptent sur personne. Brown souligne qu’elle est souvent servie par des femmes dont la vie ressemble à la sienne : blessée, seule, mais debout.
Sa rivalité avec Freda est l’un des thèmes les plus connus de la tradition. Les deux sœurs ne se supportent pas et, dit-on, ne doivent pas être servies au même moment. Plus qu’une anecdote, cette opposition dit deux visages de la condition féminine en Haïti, la coquetterie et le labeur, le rêve et la survie.
Culte et postérité
Erzulie Dantor est servie dans le rite Petwo, avec ses rythmes rapides, ses claquements de fouet et sa poudre à canon. On l’invoque pour protéger un enfant, pour obtenir justice contre un abuseur, pour trouver la force de se défendre. Ses fidèles portent ses couleurs et lui offrent du rhum, du porc grillé, du café sans sucre.
Dans la diaspora, elle est devenue l’un des lwa les plus présents. Le livre de Karen McCarthy Brown sur une manbo de Brooklyn lui donne une place centrale et a beaucoup contribué à la faire connaître hors d’Haïti. Les artistes haïtiens contemporains, peintres et fabricants de drapeaux de vodou, la représentent abondamment, comme le montre le catalogue réuni par Donald Cosentino.