Gede Nibo
Lwa des morts, figure majeure des Gede
Origines
Les Gede forment la famille des esprits de la mort, placée sous l’autorité de Baron Samedi et de Gran Brigit. Ils sont innombrables, et chaque temple en connaît de nouveaux. Gede Nibo, que l’on écrit aussi Guédé Nibo ou Gede Nimbo, est l’un des plus anciennement attestés : Alfred Métraux le nomme parmi les Guédé qu’il énumère, et son nom revient dans les chants recueillis par les ethnographes.
Le nom de Gede est rattaché par plusieurs auteurs à un peuple de l’ancien Dahomey, les Guédévi, mais la famille telle qu’on la sert aujourd’hui s’est formée en Haïti. L’origine du mot « Nibo » n’est pas établie. Il faut aussi reconnaître une limite : les descriptions classiques parlent surtout des Gede comme d’un ensemble, et ce qui distingue Nibo de ses frères varie beaucoup d’une maison à l’autre.
Attributs et symboles
Gede Nibo partage les signes de sa famille : le noir et le violet, la canne, le cigare, les lunettes sombres, le chapeau, et le clairin où ont macéré des piments, que seul un Gede peut boire sans broncher. Les chants insistent sur son élégance et le disent beau garçon. On le décrit souvent en dandy, soigné jusque dans la dérision.
Comme tous les Gede, il parle d’une voix nasillarde, plaisante crûment sur le sexe et danse la banda, avec ses déhanchements. Cette obscénité n’a rien de gratuit : Donald Cosentino montre que les Gede, maîtres de la mort, sont aussi ceux de la sexualité et de la vie qui recommence. Pour les représenter, l’usage courant est l’image de saint Gérard Majella, que les chromolithographies montrent auprès d’un crâne.
Mythes principaux
Le vodou transmet peu de récits suivis, et Gede Nibo n’y fait pas exception. Les pratiquants racontent volontiers qu’il fut d’abord un jeune homme mort avant l’heure, que le Baron et Gran Brigit auraient recueilli et fait lwa. Ce récit circule oralement, sous des formes qui diffèrent, et les ethnographes classiques ne le fixent pas ; il convient de le prendre comme une tradition de pratiquants, non comme une histoire établie.
Maya Deren rapporte un épisode devenu célèbre. Sous la présidence de Louis Borno, dans les années 1920, une troupe de fidèles montés par Gede aurait marché jusqu’au palais national pour réclamer de l’argent, et l’aurait obtenu. Un chant en garde le souvenir : il dit que Gede Nibo, beau garçon, s’est habillé avec soin pour monter au palais. L’anecdote dit bien le personnage, qui se moque des puissants parce que la mort ne fait pas de différence entre eux et les pauvres.
Les Gede sont enfin des guérisseurs. On les appelle pour les malades, surtout pour les enfants, et l’on dit qu’un Gede peut refuser de « creuser la fosse » de celui dont l’heure n’est pas venue.
Culte et postérité
Gede Nibo est servi avec toute sa famille à la fin des cérémonies, car les Gede viennent en dernier, et surtout lors de la fête des Morts, les 1er et 2 novembre. Ces jours-là, les fidèles vêtus de noir et de violet se rendent dans les cimetières, déposent des offrandes au pied de la croix du Baron, puis les Gede parcourent les rues en bandes, quémandant, plaisantant et dansant.
Dans les consultations, on s’adresse à Gede Nibo comme à un intermédiaire avec les défunts : il porte les messages des vivants et fait entendre la voix des morts. Certaines maisons lui confient en particulier ceux qui sont morts jeunes ou dont on ignore la sépulture, mais cette attribution n’est pas générale.
Cosentino souligne la vitalité de cette famille, la plus inventive du vodou, qui accueille sans cesse de nouveaux personnages, en Haïti comme à New York ou à Montréal. Gede Nibo y garde le rang d’un aîné, connu de tous les temples.