Gran Brigit
Lwa des cimetières, épouse de Baron Samedi
Origines
Gran Brigit est l’épouse de Baron Samedi et, avec lui, la souveraine du cimetière. Elle appartient à la famille des Gede, les esprits de la mort, et partage leur franchise brutale et leur goût pour le rhum pimenté. Alfred Métraux la mentionne aux côtés du Baron, comme la « Grande Brigitte », maîtresse des tombes.
Son nom intrigue. Il n’est ni africain ni créole, mais européen. On a souvent avancé qu’il viendrait de la sainte Brigitte d’Irlande, par l’intermédiaire des Irlandais présents dans les Antilles à l’époque coloniale. Cette hypothèse est fréquemment répétée, mais aucun document ne l’établit, et les chercheurs restent prudents. Certaines descriptions la disent de peau claire, ce qui a nourri la même idée. Ce qui est sûr, c’est qu’elle est, comme le Baron, une figure née en Haïti, sans modèle connu au Dahomey ou en pays yoruba.
Attributs et symboles
Ses couleurs sont le violet et le noir, celles des Gede. Comme le Baron, elle boit du clairin où ont macéré des piments et parle sans détour. Dans chaque cimetière, la première femme qui y a été enterrée lui est consacrée, comme le premier homme l’est au Baron ; sa tombe devient un lieu d’offrandes. Une croix ou un arbre peuvent marquer sa place.
Elle monte moins souvent les fidèles que le Baron ou les autres Gede. Quand elle vient, elle se comporte comme eux : plaisanteries crues, danse de la banda, mais avec une autorité de vieille femme qui n’a plus rien à craindre.
Mythes principaux
La tradition retient surtout son rôle de juge. Gran Brigit est invoquée par ceux qui ont subi un tort et demandent réparation : elle entend la plainte, pèse les responsabilités et punit les coupables. Sa justice passe pour impitoyable, et l’on hésite à la déranger pour une cause qui ne serait pas juste. Elle est aussi, comme les autres Gede, une guérisseuse que l’on appelle au chevet des malades dont la vie ne tient plus qu’à un fil.
Les fidèles la disent mère, ou du moins matrone, de la bande des Gede, qui l’entoure comme une famille turbulente entoure sa grand-mère. Elle veille sur les morts, en particulier sur les femmes mortes, et fait le lien entre les vivants et les ancêtres, que l’on consulte par son intermédiaire.
Culte et postérité
Gran Brigit est servie avec le Baron et les Gede, surtout lors de la fête des Morts, les 1er et 2 novembre, quand les cimetières d’Haïti se remplissent de fidèles en noir et en violet. On dépose sur sa tombe des bougies, du rhum, du café, du piment. Dans les temples, son autel voisine celui du Baron, souvent orné d’une croix et de crânes.
Hors d’Haïti, elle est moins connue que son époux, dont l’image a envahi la culture populaire. Mais dans les communautés de la diaspora, à New York, à Miami ou à Montréal, elle garde sa place dans le service des Gede, comme le montrent les travaux de Karen McCarthy Brown. Les artistes du vodou, peintres et brodeurs de drapeaux, la représentent en vieille femme sévère au milieu des tombes.