Gran Bwa
Lwa de la forêt, des feuilles et des remèdes
Origines
Gran Bwa, « Grand Bois », est le lwa de la forêt. Son nom complet, Gran Bwa Ile, que les auteurs francophones écrivent « Grand-Bois d’Ilet », évoque pour les fidèles une île boisée et lointaine, que beaucoup situent sous les eaux, du côté de Ginen, l’Afrique des ancêtres et des esprits.
Il est servi dans le rite Petwo, et Alfred Métraux le range parmi les lwa de cette nation. Les chercheurs lui supposent des racines en Afrique centrale, où la forêt est le lieu des esprits et des remèdes, mais aucune filiation précise n’est démontrée, et son nom est français. Comme plusieurs lwa petwo, il doit sans doute sa forme actuelle à Haïti.
Attributs et symboles
Gran Bwa règne sur les arbres, les feuilles, les racines et sur le savoir qui s’y rattache. Les grands arbres lui appartiennent, en particulier ceux qui servent de reposoirs aux esprits dans les cours des temples et dans la campagne. Sa couleur habituelle est le vert, auquel certaines maisons ajoutent le rouge.
Son vèvè est l’un des plus reconnaissables. Il dessine une silhouette humaine stylisée, au visage en forme de cœur ou de feuille, parfois hérissée de rameaux : un être qui tient à la fois de l’homme et de l’arbre. Milo Rigaud en a reproduit des tracés, et on le retrouve brodé sur les drapeaux de paillettes ou peint par les artistes que présente le volume dirigé par Donald Cosentino.
Pour le représenter, l’usage le plus courant est l’image de saint Sébastien, que l’iconographie montre attaché à un arbre. Comme toujours, cette correspondance est une pratique de certains temples et non une règle.
Mythes principaux
On ne connaît pas de récit suivi consacré à Gran Bwa, et il faut le dire nettement. La tradition s’exprime par des chants, qui l’appellent à sortir du bois, et par le rôle que les pratiquants lui reconnaissent.
Ce rôle est double. Gran Bwa est d’abord un guérisseur : les feuilles avec lesquelles on prépare les bains, les tisanes et les remèdes viennent de lui, et il faut sa permission pour les cueillir. On laisse une pièce de monnaie ou une offrande au pied de l’arbre avant de prendre ce dont on a besoin.
Il est aussi une puissance de la magie. Les pratiquants l’associent à Mèt Kalfou, maître du carrefour, et à Baron Simityè, maître du cimetière. La forêt, le carrefour et le cimetière sont les trois lieux où se cherche la force des « travaux », qu’ils servent à guérir, à protéger ou à nuire. Les mêmes feuilles soignent ou empoisonnent, et Gran Bwa est maître des unes comme des autres.
Culte et postérité
Gran Bwa est salué dans les cérémonies Petwo et tient une place dans l’initiation. Les rites du kanzo emploient un grand nombre de feuilles, pilées, infusées ou disposées sur la couche des novices ; c’est à lui, maître de la végétation, que l’on s’adresse pour qu’elles agissent. Les guérisseurs par les plantes le servent avec une attention particulière.
Ses offrandes sont déposées au pied des arbres ou suspendues à leurs branches. Le déboisement massif d’Haïti donne aujourd’hui à ce lwa une résonance particulière : les grands arbres épargnés sont souvent ceux que l’on tient pour habités par des esprits, et l’abattage de ces arbres sacrés, lors des campagnes menées contre le vodou au XXe siècle et décrites par Métraux, a été vécu par les fidèles comme une atteinte aux lwa eux-mêmes.
Dans la diaspora, loin des forêts, Gran Bwa reste présent par son vèvè, par les feuilles que l’on se procure pour les bains rituels et par les œuvres des artistes haïtiens, qui en ont fait une figure familière.