Loko
Lwa des arbres, des feuilles et du sacerdoce
Origines
Loko, souvent appelé Loko Atisou ou Papa Loko, appartient à la nation Rada, celle des lwa venus du Dahomey. Son origine fon est bien établie. Dans l’ancien royaume du Dahomey, décrit par Melville Herskovits, Loko est le vodun d’un grand arbre sacré, l’iroko, dont il porte le nom, et les arbres y sont des lieux de culte. En traversant l’Atlantique, il a gardé ce lien avec le monde végétal et pris une fonction nouvelle, celle de patron des prêtres.
Alfred Métraux le présente comme un esprit de la végétation et un gardien des sanctuaires. Maya Deren insiste sur son rôle dans la prêtrise : avec Ayizan, il est à ses yeux le parent spirituel de tous les oungan et de toutes les manbo.
Attributs et symboles
Loko est le maître des arbres et, plus encore, des feuilles. C’est lui, disent les fidèles, qui donne aux plantes leur pouvoir de guérir ou de nuire. Les guérisseurs par les plantes, les « docteurs-feuilles », se placent sous sa protection et l’invoquent avant de soigner.
Dans la cour des temples, des arbres servent de reposoirs aux lwa ; celui de Loko reçoit des offrandes, que l’on suspend parfois dans ses branches dans un sac de paille. Quand il monte un fidèle, ce qui n’est pas très fréquent, Métraux indique qu’on le reconnaît au bâton qu’il réclame et à la pipe qu’il fume. Son tempérament est celui d’un ancien, calme et sûr de son autorité.
Son emblème le plus important est l’ason, le hochet sacré fait d’une calebasse couverte d’un filet de perles et de vertèbres de couleuvre. L’ason est l’insigne des prêtres, et la tradition veut que ce soit Loko qui le confère.
Mythes principaux
Le vodou raconte peu d’histoires suivies au sujet de Loko. Ce que l’on dit de lui tient en une idée : il est le premier oungan, comme Ayizan est la première manbo. Deren rapporte cette tradition et en tire l’image d’un couple fondateur, à l’origine de la lignée des prêtres. Milo Rigaud lui donne la même place dans sa description de la hiérarchie des lwa.
De là vient son rôle de juge de la pratique rituelle. Loko veille sur le « règlement », la manière correcte de servir les lwa. On l’appelle à témoin quand un prêtre est accusé d’avoir manqué aux règles ou quand un conflit oppose des membres d’une société.
Les liens de parenté qu’on lui attribue changent selon les sources. Deren fait d’Ayizan son épouse ; Métraux, pour sa part, donne Ayizan pour femme à Legba. Ces divergences sont courantes dans une tradition orale où chaque temple conserve sa propre généalogie des esprits.
Culte et postérité
Loko est salué au début des cérémonies Rada, parmi les premiers lwa nommés après Legba. Il joue un rôle central dans l’initiation, et surtout dans la « prise de l’ason », le rite par lequel un fidèle devient oungan ou manbo : c’est sous son autorité que le nouveau prêtre reçoit le hochet. Dans le temple, il est le gardien du poto mitan, le poteau central, et des arbres de la cour.
Pour le représenter, de nombreux temples emploient l’image de saint Joseph. Cet usage est répandu mais n’est pas universel, et il sert de support visuel plutôt que d’identification.
Loko est un lwa discret, peu connu hors des cercles de pratiquants, car il ne prête guère au spectacle. Mais sa fonction est essentielle : il garantit la transmission du savoir, celui des plantes comme celui des rites. Dans la diaspora, où les arbres sacrés des cours haïtiennes manquent, il continue d’être servi à l’intérieur des temples, autour du poteau central et de l’ason.