Ogou Badagri
Lwa guerrier de la famille des Ogou
Origines
Dans le vodou haïtien, Ogou n’est pas un esprit unique mais une famille de lwa guerriers, issus d’Ogun, l’orisha du fer des Yoruba. Ogou Badagri en est l’un des membres les plus servis, avec Ogou Feray. Ces lwa relèvent du rite Nago, du nom que l’on donnait aux Yoruba dans la colonie de Saint-Domingue, et sont généralement rattachés à la nation Rada.
Son nom renvoie à Badagry, ville côtière de l’actuel Nigeria, près de Lagos, qui fut un port de la traite atlantique. Plusieurs lwa portent ainsi le souvenir d’un lieu d’Afrique. On ne sait pas, en revanche, si ce nom désignait à l’origine une forme locale du culte d’Ogun ou simplement la provenance de ceux qui le servaient.
Attributs et symboles
Ogou Badagri partage les emblèmes de sa famille : le rouge, le foulard noué au bras ou à la tête, le sabre ou la machette, le rhum et le tabac. Comme les autres Ogou, il est représenté par des images de saints militaires. Saint Jacques le Majeur sert pour l’ensemble de la famille ; pour Badagri, certains temples emploient saint Georges, d’autres une autre image, et l’usage n’est pas uniforme.
Ce qui le distingue est son caractère. Karen McCarthy Brown, dont l’étude sur les Ogou figure dans le volume dirigé par Sandra Barnes, montre que chaque Ogou donne un visage différent au pouvoir et à ses dangers : la colère, l’ivresse, la vantardise, le courage. Badagri est, dans ce tableau, le soldat droit, beau, brave et fidèle, celui qui tient sa position.
Mythes principaux
Le vodou transmet des caractères plus que des récits, et Badagri est connu par ses chants. L’un des plus souvent cités par les ethnographes le salue comme un général redoutable, qui détient la clé de l’orage et fait éclater le tonnerre et les éclairs. Ce chant lui prête donc un pouvoir sur la foudre, qui revient d’ordinaire à d’autres lwa, signe que les attributions ne sont pas cloisonnées au sein de la famille Nago.
Le portrait le plus détaillé vient de Brown. Dans son livre sur Alourdes, prêtresse haïtienne de Brooklyn, Ogou Badagri est l’esprit principal de celle-ci, son « mèt tèt », le maître de sa tête. Il s’y montre moins comme un combattant emporté que comme une force d’endurance : celui qui ne déserte pas, qui supporte l’épreuve et reste auprès des siens. Brown relie ce trait à la vie des Haïtiens pauvres et émigrés, pour qui tenir bon est une forme de combat.
Ces deux images, le général de l’orage et le soldat fidèle, ne se contredisent pas ; elles montrent qu’un même lwa peut être compris différemment selon les chants, les maisons et les époques.
Culte et postérité
Ogou Badagri est servi avec les autres Ogou, au cours des cérémonies Nago et lors des fêtes de saint Jacques, le 25 juillet, qui attirent les pèlerins à Plaine-du-Nord. Quand il monte un fidèle, celui-ci réclame son sabre et son foulard rouge, salue militairement et distribue conseils et remontrances. On lui demande la protection, le courage et la constance dans les difficultés.
Le mariage mystique, par lequel un fidèle s’unit à un lwa au cours d’une cérémonie avec contrat et alliance, se pratique fréquemment avec Ogou ; Brown raconte le sien dans son livre. Le fidèle réserve alors au lwa une nuit de la semaine et reçoit en retour sa protection.
Dans la diaspora, où Brown l’a observé, Badagri garde toute sa place. La parenté des Ogou avec l’Ogun yoruba est bien établie, mais Ogou Badagri, comme Ogou Feray, est une figure haïtienne, façonnée par l’histoire militaire du pays et par l’expérience de ceux qui le servent.
Figures apparentées dans d’autres panthéons
- Ogun — Orisha du fer, de la guerre et de la forge (Panthéon yoruba)